Avoir un coup de pompe, être à côté de ses pompes, en grande pompe : bien des expressions passent par une pompe. Pourtant, le lien ne repose que sur l’homonymie : dans avoir un coup de pompe, « être soudainement épuisé », il est question de l’appareil destiné à déplacer des fluides, en l’occurrence de l’air. Être à côté de ses pompes signifie proprement « être à côté de ses chaussures », c’est-à-dire dans un état anormal ; ceci, parce que les chaussures usées ou percées « pompent » l’eau des rues. Enfin, la locution en grande pompe, souvent ironique, veut dire « solennellement » et use d’un terme apparu plus précocement.
Dès le Moyen Âge, la pompe, du latin pompa « procession, cortège », désigne un déploiement de faste dans un cérémonial. Furetière rappelle dans son Dictionnaire, sous Louis XIV, que « rien n’a égalé la pompe et la magnificence des triomphes romains ». Le mot s’emploie également en matière de style, pour qualifier sa noblesse, puis son emphase. Ce sens se retrouve dans l’adjectif pompeux, qui a d’abord servi à qualifier quelque chose de magnifique avant de prendre une valeur péjorative. Ainsi, au XVIIIe siècle, Lesage évoque, dans son Gil Blas, le « pompeux galimatias » d’un sonnet. Cette dimension dépréciative est également sensible dans l’adjectif pompier, qui qualifie un style prétentieux et démodé, dont les pompiers qui furent des sapeurs ne sont pas du tout responsables.
La pompe n’a donc pas bonne presse. Pourtant, il est un sujet dont on ne saurait rire et qui a permis au mot pompe de conserver sa dignité. Pour accompagner un mort jusqu’à sa dernière demeure, on déploie l’apparat de la pompe funèbre. Pour cela, on fait appel aux pompes funèbres, l’entreprise chargée des enterrements.
S’il est bien un moment où l’on peut se présenter accompagné d’une « grande pompe », n’est-ce pas justement l’instant où l’on s’apprête à renoncer pour toujours au monde et à ses pompes ?
« Les reliques bien odorantes de cette vierge furent portées en grande pompe à l’église métropolitaine et déposées au milieu du chœur, dans une châsse d’or et d’émail, ornée de pierres précieuses. »
Dès potron-minet
Cette expression ne s’emploie plus beaucoup, mais, lorsqu’on la connaît, elle amuse, elle fait sourire. Son sens est maintenu par la préposition dès, qui exprime un début. Dès potron-minet, c’est très tôt, au petit matin. Grâce à minet, demeuré courant comme mot aimable et affectif, on sent bien qu’il est question d’un chat.
Quel rapport entre ce félin familier et l’aube matinale, le petit matin ? L’idée que les chats se lèvent tôt n’est pas très naturelle, alors qu’on sait qu’ils dorment peu mais souvent, et qu’ils sont réputés, quand ils sont « de gouttière » pour leurs activités nocturnes. En fait, ce sont des humains qu’il s’agit, et ceux qui se lèvent tôt sont heureux d’être les premiers à voir divers spectacles de la nature. Parmi ceux-ci, un chat qui se promène, pourquoi pas ?
Si le minet en question est bien un chat, que diable peut bien être ce potron ? Ni pot, ni potiron, certes. Les mots savent se déguiser. Celui-ci paraîtra plus clair, si l’on y ajoute un s, puis un e : cela donne posteron, où l’on peut voir une variante de postérieur, pur latinisme, de post « après », car ce qui vient après, pardi, c’est le derrière. Mais ce potron n’est plus compris depuis longtemps, d’où la variante patron-minet, ou patron-minette, rendue célèbre par Victor Hugo.
Comme d’autres expressions anciennes, potron-minet concerne une grammaire qui n’a plus cours : le potron minet, c’est le postérieur du minet, parfois remplacé — mais on a oublié cette manière d’appeler — par Jaquet, le « petit Jacques », l’écureuil. Comme le chat, l’écureuil se fait remarquer par sa queue. Et celle-ci peut cacher ou montrer son derrière.
Il faut admettre que les anciennes façons de s’exprimer, par leur obscurité même, apportent plus de poésie que la langue actuelle. Dès qu’on voit le cul du chat, pour « au petit jour », n’est même pas drôle, alors que potron-minet amuse et intrigue.
« Dans la vieille langue populaire fantasque qui va s’effaçant tous les jours, Patron-Minette signifie le matin, de même que Entre chien et loup signifie le soir. »
Être fier, orgueilleux comme un pou
Étrange, que cet insecte franchement disgracieux et, par surcroît, parasite très désagréable des cheveux soit associé à la fierté et à l’orgueil ! On sait bien que « comparaison n’est pas raison », mais quand même ! On aurait pu penser à fier comme… une guêpe, une sauterelle, mais sûrement pas au pou, insecte à propos duquel on dit plus logiquement laid comme un pou.
Cette expression, en réalité, nous apprend que la forme des mots, leur sonorité, leur musique peuvent avoir plus d’importance que leur sens. Quel animal a la réputation d’être fier, de se dresser sur ses ergots, de « chanter clair » avant les autres, de jouer les machos à régner sur un harem de gallinacées femelles ? Le coq, bien sûr.
Mais il se trouve que plusieurs animaux familiers ont changé de nom au cours du Moyen Âge. La galline (celle des gallinacées), parfait latinisme, est devenue poule, le goupil (vulpes) est devenu renard, et ce que nous avons l’habitude de désigner par ce mot sonore, coq, s’appelait le poul, ou pouil, mot logiquement apparenté à poulet — qui est donc le « petit poul » —, et le mâle de la poule. Une famille parfaite : le poul, la poule, les poulets !
On a dit fier comme un poul, comme un pouil sur son fumier, et, paraît-il, fier comme un pou sur un chignon, en transposant l’arrogance du coq en triomphe du parasite sur son domaine, le cheveu. Une image de domination, une homonymie (imparfaite, d’ailleurs, pou — poul !) : il n’en fallait pas plus pour inventer cette image incongrue.
« Bientôt l’Angleterre aura la collection complète de deux mille puces qui représente, en l’état de la science, le total des espèces connues. Le British Muséum en est fier comme un pou. Tel est le progrès. »