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— O.K. ! Personne n’occupe l’appartement de la môme ?

— Non, le propriétaire veut faire construire un magasin dans la maison. Justement, il tenait à ce que nous la libérions. La petite morte, il ne lui reste qu’à me trouver un autre logement. Je ne suis pas exigeant.

— Je peux jeter un coup d’œil ?

— Où ça ? Chez elle ?

— Oui.

— C’est fermé à clef.

— C’est le genre de truc qui ne m’impressionne pas.

— Moi, je veux bien, murmure-t-il, pourvu que ça ne m’attire pas d’ennuis.

— Je ne veux absolument rien dérober, si c’est ce que vous craignez.

— Alors…

Je défouille un talbin de cinquante.

— Chose promise, chose due, mon cher Paganini. J’espère avoir le droit au silence pardessus le lot. Non ?

— Bien entendu.

— Autre chose, vous m’avez l’air dégourdoche du côté des cellules grises. A votre avis, le clergyman était-il homme à envoyer la purée à la fillette ?

Il réfléchit.

— Peut-on porter un jugement efficace sur ses semblables ? murmure-t-il en épongeant le billet.

— Oh ! Ne nous jouez pas les penseurs. Je vous demande votre avis.

— Non, dit-il, cet homme n’avait rien d’un tueur. Et puis, ça ne peut être lui le criminel, car il n’était certainement pas français, lui !

Et il me bigle.

— Écoutez, Toto, je rouscaille, vos sous-entendus ne m’atteignent pas. Si j’ai un conseil à vous donner, c’est de vous calmer. Au cas où vous ne sauriez pas où mettre votre nase, carrez-le dans votre tire-gomme. Vu ?

Sur ce, j’entraîne Robert de l’autre côté de la strasse. En deux temps et pas de mouvements, mon sésame a raison de la serrure.

L’appartement de la Katharine est gentiment arrangé. Les tentures sont lourdes, les meubles chérots. Encore une qui devait secouer pas mal d’artiche à ses clilles ! Ou alors qui avait une rente quelconque.

Je farfouille un peu partout. Sur un rayon, j’avise quelques bouquins. Ce sont des publications comme chez l’autre, genre Mon cœur est à tes pieds ou La Gondole du rêve. Ces sœurs avaient l’âme bleu pastel.

Soudain, je tombe en arrêt devant un bouquin à reliure de cuivre. Ça c’est du sérieux. Je le tends à Robert.

— Qu’est-ce que c’est, comme livre, ça ?

Il ligote le titre.

— C’est un ouvrage de sociologie.

— Pas possible !

La grognace qui suit la collection printemps et qui se farcit des ouvrages aussi trapus ! Non, passez-moi la paluche !

Je vais pour feuilleter le livre et je pousse une exclamation. Ce bouquin est déguisé en Bible. L’intérieur a été évidé et une boîte y est planquée. Elle est vide. Je renifle, une odeur douceâtre s’en échappe.

Une odeur que j’ai déjà reniflée quelque part en France. Je mets le livre sous mon brandillon.

— Ce sera un petit souvenir, dis-je à mon petit Belgicot. Allez, traçons, maintenant.

Le violoneux d’à côté nous regarde grimper dans la tire par la fenêtre. Je lui adresse un petit signe d’adieu. Son rideau retombe.

— C’est formidable, déclare Robert Dauwel avec son magnifique accent d’outre-Quiévrain.

Il ajoute, exalté :

— Où allons-nous, maintenant ?

— Maintenant, dis-je, je t’offre à boire dans un bar qui s’appelle Le Perroquet.

— … Ou La Perruche, complète-t-il.

Et il récite comme une prière :

— Blue Island Avenue.

— Toi, lui dis-je, t’es un sacre petit champion !

CHAPITRE XIII

« Un bouquin dore sur tranche »

Nous parcourons tout Blue Island Avenue qui est une voie populeuse tracée en diagonale au beau milieu de la ville.

Pas plus de Perroquet ou de Perruche que de beurre dans le slip de Nixon.

— T’es sûr de ton anglais ? Fais-je à mon jeune collègue.

— Oui, oui, dit-il. J’ai ma licence.

— Écoute, on va refaire le chemin en sens inverse. Le zig n’avait pas l’air absolument certain de l’enseigne. Peut-être a-t-il confondu avec quelque chose d’approchant ?

— D’accord…

Il se détranche, mon pote. Mon père, biglez à gauche, mon père, biglez à droite. Je vais au pas, comme si je suivais un enterrement ou un défilé militaire. Ça ne fait pas l’affaire des autres conducteurs qui m’invectivent copieusement ; seulement, comme je ne pige rien à leur jargon, je m’en bats les flancs.

— Attendez ! s’écrie Dauwel.

Je ralentis encore davantage. Il a les mirettes qui lui pendent sur la poitrine comme des jumelles de courses.

— Quoi ? Fais-je.

— Il y a là un bar qui s’appelle The Cockatoo.

— Et alors, ça veut dire perroquet ?

— Non, ça veut dire cacatoès.

Je case ma tire et nous entrons dans le bar. L’établissement est arrangé en navire, à l’intérieur. Le navire boîte de nuit, vous voyez le tableau ? Ça existe sous tous les cieux, dans toutes les villes de plus de dix mille tranches.

On s’installe au bar.

— Qu’est-ce que tu bois ? Whisky ?

— Je veux bien.

— Alors, deux doubles. Vas-y, commande ! Et, par la même occase, interroge le garçon. Tâche de savoir s’il connaît un zig du style clergyman.

Mon petit pote se débarbouille tandis que je file un coup de saveur à ce tapis. Y’a des clients ordinaires, c’est-à-dire des glands qui ont filé rencard à leur secrétaire. Ça se bouffe la gueule dans tous les angles. La salle est plongée dans la pénombre. Elle est divisée en petits boxes cernant une piste de danse grande comme un couvercle de lessiveuse. Chaque box est éclairé par une lampe à abat-jour très discrète. Seul, le bar est à peu près éclairé.

Mon gars Dauwel baratine sec. Je lis sur la hure du barman les réponses. Oui, il connaît le gars. Ça se sent à la façon dont il jacte.

— Alors ? Je demande lorsque l’entretien est terminoché.

— Ça va, affirme Robert. Il connaît. Le type vient tous les soirs ici. Il a rendez-vous avec des filles. Il leur parle à peine. Il leur apporte un bouquin.

— Au poil… A quelle heure radine-t-il ?

Robert traduit ma question.

— Vers les dix heures.

— Parfait. Tiens, allonge cinq dollars au barman en lui disant qu’il ne parle pas de nous au mec lorsqu’il s’annoncera.

Je consulte ma tocante : neuf plombes. Nous avons tout le temps !

— Qu’est-ce qu’on fait ? Insiste ce frénétique de Belgicot.

— Rien, dis-je. On écluse encore un godet, ensuite tu rentres à la casbah pour faire dodo, car tu as besoin de repos.

— Mais non, pensez-vous.

— Si. Je peux être amené à faire des choses plus ou moins… mettons légales, et je ne tiens pas à compromettre un type aussi choucard que toi.

Il insiste encore, mais je me montre inflexible.

— Tiens, bonhomme, voilà cinq cents pions en plus à valoir sur ton cacheton. Fais une petite java seulâbre, mais méfie-toi des souris. Elles ont la main plus leste que le derche.

Nous sortons.

— Tu connais notre adresse ?

— Évidemment.

— Eh bien ! Va.

Il s’éloigne, tout déconfit. Moi, je grimpe dans le bahut et je me mets à guetter les allées et venues de la clientèle du Cockatoo.

Pour passer le temps, je fume.