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Maintenant, je sais bien que je ne reverrai jamais l’étrangère. Je n’irai pas à l’autre bout du monde. Je dois rester ici, à veiller sur le bien des esprits. Le même soir, je suis revenu à la grotte. J’ai dit à la vieille Ayicha de préparer le thé. Elle l’a préparé comme si l’étrangère allait venir. Elle a disposé les quatre verres sur le plateau, elle a fait couler le breuvage amer. En partant, pour la dédommager, je lui ai laissé la valise, avec tout mon trésor. Je sais bien qu’elle va jeter au feu les photos et les lettres, les cartes postales et les certificats. Cela va faire encore un peu plus de suie sur son visage et sur les murs du tombeau. Dans la valise aux serrures ouvertes pour toujours, Ayicha mettra ses trésors à elle, ses chiffes, ses aiguilles, son ruban de ceinture et ses paquets de thé noir, peut-être des biscuits Marie.

J’ai marché d’un pas léger vers le nord, vers le village bedoul. Dans les montagnes on n’abandonne plus les chevaux qui vont mourir. On les use jusqu’à la dernière heure, et quand ils tombent à genoux sur le chemin, on les envoie à l’équarrisseur.

Je suis le dernier des Samaweyn, léger d’argent et sans trésor. Aujourd’hui, j’ai quitté l’incertitude de l’enfance et je marche jusqu’à ma mort sur la même route, comme doivent le faire les hommes.