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— Vous vous croyez en Angleterre ? Une automobile de mes services va venir vous chercher. À quel hôtel êtes-vous ?

— Au Groptfontein.

— C’est à deux pas. Tenez-vous prêt.

— Je suis à Windhoek accompagné de mes collaborateurs ; vous permettez qu’ils viennent avec moi ?

— Sans problème.

Nous quittons l’hôtel « Cancrelats » et débouchons dans une lumière de fournaise électrique. Ici, le bourguignon crache épais. Clarté blanche, d’une folle intensité, qui vous becte la rétine jusqu’à l’anus. La rue est dolente dans la chaleur. Des colored aux fringues de coton, coiffés de chapeaux de paille, des Blancs tendance blondasse ; ici la chleuserie domine.

Béru, qui en est resté aux pays africains interprétés par Hergé, s’est loqué en colon style Zig et Puce. Il porte un short taillé dans un vieux pantalon à rayures, des chaussettes dépareillées, des brodequins du type écrase-merde et un tee-shirt vantant les incontestables mérites de la fameuse « Vache qui rit » de réputation internationale.

— C’est un poster de Berthe ? demandé-je en désignant l’aimable bovidé.

— Voui, convient-il. À m’l’a offerte pour la fête des Pères.

Là-dessus, une Mercedes âgée de douze ans, mais bien entretenue, se range devant nous. Elle est pilotée par un superbe Noir qui se précipite pour débonder la tire.

Julius Schaub est un type rouquinant, à l’expression soucieuse. On a l’impression qu’il coltine le poids du monde, malgré des varices purulentes, quatre côtes fêlées, un bandage herniaire et des rhumatismes articulaires aigus. Il a le regard bleuâtre sur fond pourpre, des molaires en or, un début de calvitie, une couperose due au whisky pur malt et une fossette au menton qui ressemble à un trou du cul de sapajou.

Son attention est totalement accaparée par Alexandre-Benoît dont l’accoutrement le trouble fortement. Sa perplexité est si intense qu’il m’en fait part.

— De quoi s’agit-il ? demande ce personnage sérieux.

— D’un collègue qui m’est indispensable, réponds-je avec cette brièveté empreinte de gravité qui ajoute tant à mon autorité.

Il opine, juste pour dire, et conserve son effarement. Puis il fait signe à un mignon d’Henri III habillé en Boer d’opérette.

— Mon principal collaborateur : Otto Rhinaüs.

L’interpellé me tend une menotte molle comme les testicules du duc d’Edimbourg ; je la presse sans joie excessive.

— Selon votre requête, j’ai prié Otto de constituer un dossier sur le dénommé Toutanski, reprend-il. Je crois qu’il est des plus creux, n’est-ce pas, mon cher ?

Son « cher » se caresse le sexe à travers l’étoffe de son short et se met à opiner. Puis il prend sur son burlingue un dossier enfermé dans une chemise de plastique brun.

— En effet, confirme-t-il avec une voix fluette de goûteur de bites. Cet homme est entré dans notre pays avec un visa de tourisme, il y a séjourné dix-huit mois, après avoir sollicité à deux reprises une prorogation qui lui fut accordée.

— Dix-huit mois ! m’exclamé-je-t-il dans le meilleur anglais que je puisse fournir.

— Moins sept jours ! confirme la Boere.

Je chope le dossier. On ne peut prétendre qu’il soit copieux vu qu’il se résume à une page dactylographiée. Cet unique feuillet indique la date d’entrée du Polak, sa date de sortie, plus les lieux où il a séjourné, à savoir : la mine de Crakburn Windhoek, la capitale (au Spring Hotel), et enfin Keelmanshop dans le sud du pays, chez une certaine dame Margaret Ferguson.

Ce peu de tuyaux me remplit cependant de contentement car, entre nous et la porte des chiottes, je t’avoue que je n’en espérais pas autant !

J’exprime ma satisfaction aux deux fonctionnaires. Le pédoque se fourbit plus fougueusement le gland, tant est vive l’émotion que lui procurent mes compliments. Il me couve d’un regard langoureux, pointe sa menteuse entre ses lèvres roses, comme pour une promesse, et ses prunelles de biche me laissent pressentir des délices à m’en arracher le casque de Néron.

— Je suppose, émet alors Julius Schaub, que vous allez procéder à une enquête dans le pays. Étant donné que vous ne le connaissez pas et ne pratiquez point les langues africaines, je vais vous adjoindre l’une de mes collaboratrices, Fräulein Gretta Dübitsch.

— Ce n’est pas la peine ! me récrié-je énergiquement, peu soucieux de nous voir coller une Teutonne aux noix.

Mais le dirluche des services de Sûreté tient à nous faire ce cadeau empoisonné, voulant, j’imagine, être informé de nos déplacements dans son patelin.

Arrive, à sa demande, la Fräulein qu’il nous a causé ! Dès lors, je rengaine mes protestances. Quand tu tombes sur une fille de ce calibre, ta boussole perd le nord, et son aiguille tourne tellement vite qu’elle pourrait servir de ventilateur pour peu que tu retires le verre protecteur !

On incrédulise, mes potes et ma pomme ! Charogne, d’où qu’elle sort, celle-là ! Tu parles d’un échantillon de propagande, Fernande !

Moi, les glandes mammaires m’ont toujours fasciné quand elles ont du maintien et ne font point trop vache laitière. Le mec s’y retrouve mieux. Les souris qui roulent à plat du bustier me peinent. J’ai envie de leur souffler dans l’embout pour donner consistance à leurs loloches. La gonzesse qui vient d’arriver est équipée de première. Elle pourra jamais faire la planche, mais la balise, si ! Mon pote Bombard aurait pris un sujet commak sur son radeau, j’eusse été plus tranquille pour lui, si sympa.

Tiens, du temps que je cause de toi, je plaque une bise dans tes broussailles, Alain. Heureusement qu’il existe des cinglés de ton espèce ou de celle d’Aboville pour démisérer les glandus tourbesques qui nous la font si grise et moisissante ! J’aime bien que des excentriques du bulbe accomplissent les exploits qui me sont impossibles. Lorsqu’un louftingue franchit la baie de San Francisco en marchant sur les haubans du pont, j’érectionne de partout. Je le trouve con, mais son courage m’éblouit.

Je me hâte d’en revenir à Gretta Dübitsch, coupeuse de souffles masculins ! Ça, oui, c’est de la gerce ! Quand tu la mates, tu réalises que l’humanité est loin d’être obsolète, qu’elle a encore des beaux jours à vivre… This personne est d’une blondeur tirant sur le vénitien, une peau ambrée, un regard presque mauve, de longues jambes dont je voudrais me faire un cache-nez. Je te garde sa bouche pour la fin : des lèvres aussi affriolantes, je gage, que celles de sa chaglatte. Quand elle te confectionne un collier à chibre, tu dois partir en béchamel dès le troisième aller-retour !

On en reste dans les éblouissements contondants, mes potes et moi. Trouver une telle donzelle au fond des Afriques, ça perturbe !

— Hello ! qu’elle nous cantonade avec un sourire en nacre naturelle.

On bredouille de l’inaudible. Déjà, y a plus de place dans l’aumônière de nos kangourous. Faudrait qu’on s’échancre le bénoche, comme jadis M. Anatole découpait le col des clients au père Guillotin avant de leur sectionner la tige.

Et la voilà qui se nomme Gretta, dis ! Comme dans les books d’aventure. « La cavalière Elsa », Anita, Barbara, Alexandra. Des noms pareils te profanent le calbute, biscotte ils t’amènent des sécrétions inopinées. J’ai eu un pote qui larguait sa came aussitôt qu’une frangine un peu salace lui souriait. Le soir, lorsqu’il posait son Éminence, ça produisait un bruit identique à celui d’un cageot qu’on défonce. À force d’être amidonné, son slip devenait une armure. On peut pas croire combien il est surprenant, l’homme ; inattendu malgré sa sottise. Capable de tout et, principalement, du reste.