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Cinquième partie

            Le choix du mal

            Sixième jour

 20

            Mémoire vive

            Les hommes préfèrent les blondes parce que les blondes savent ce que les hommes préfèrent.

            Marilyn MONROE

            Boston

            24 décembre 2010

            7 h 46

            Le soleil s’était levé sur Boston, projetant ses rayons dans la chambre d’hôtel et faisant miroiter la surface métallique des étagères. Ébloui par le reflet, Romuald porta la main devant ses yeux et tourna brutalement le visage pour fuir la luminosité.

            Il lui fallut un bon moment pour émerger. Il avait la gorge sèche, le nez bouché et des fourmis dans les bras. En se mettant debout, il constata que tous ses membres étaient ankylosés. Il fit quelques pas pour attraper la bouteille d’eau minérale posée sur la table basse, mais trébucha lourdement sur son sac de voyage et s’étala de tout son long. Vexé, il se releva et chercha ses lunettes en tâtonnant.

            Sa monture sur le nez, il constata qu’Emma n’était pas dans la chambre. Il regarda sa montre et s’alarma. Il ne voulait surtout pas manquer l’arrivée de Kate à l’hôpital.

            D’une pression sur une touche du clavier, il activa ses écrans et pianota quelques lignes de code pour faire apparaître les images des caméras de surveillance du parking extérieur.

            Puis il appela Emma.

            – Bien dormi, tête de blatte ? demanda-t-elle en haletant.

            – Où êtes-vous ?

            – Au dernier étage, dans la salle de sport. Toi aussi, tu ferais bien de bouger un peu pour brûler ta graisse.

            – Pas le temps, éluda-t-il. Si votre enquête vous intéresse toujours, vous feriez bien de rappliquer tout de suite.

            – C’est bon, j’arrive.

            L’adolescent se gratta la tête en scrutant les images.

            En quelques manipulations, il prit le contrôle des caméras. Désormais, il pouvait non seulement accéder aux prises de vue, mais aussi zoomer et orienter les appareils selon son bon vouloir. Il balaya ainsi toute la surface de la zone de stationnement en plein air : la voiture de Kate n’était pas encore arrivée.

            Une bouteille d’eau dans la main, une serviette autour du cou, Emma fit son entrée dans la pièce.

            – Du nouveau ? demanda-t-elle en poussant la porte.

            – Pas encore, mais c’est bientôt l’heure. Et de votre côté ?

            Emma épongea la sueur sur son visage avant de raconter à l’adolescent le détail de ses investigations de la veille. Romuald écouta la jeune femme avec intérêt, tout en gardant un œil sur ses moniteurs. Soudain, il l’interrompit.

            – Ce type, c’est le mari de Kate, non ? fit-il en désignant un homme qui garait sa moto.

            Emma s’approcha de l’écran. Le geek avait raison. Matthew était en train d’installer un cadenas autour d’une vieille Triumph.

            – Qu’est-ce qu’il fait là, seul ?

            – Sa femme ne va pas tarder, devina Emma.

            Effectivement, moins d’une minute plus tard, le vieux cabriolet Mazda franchit la barrière du parking pour venir se garer à côté de la moto.

            – Tu peux zoomer ?

            Romuald s’exécuta et l’image du roadster rouge envahit toute la surface de l’écran. Avec sa carrosserie aux formes arrondies, ses sièges-baquets, ses phares escamotables et ses poignées chromées, le véhicule avait une silhouette reconnaissable entre mille. On en voyait moins aujourd’hui, mais Emma se souvenait que, dans les années 1990, des centaines de milliers de ces modèles avaient envahi les routes du monde entier.

            Kate ouvrit la portière, s’extirpa du cabriolet et se dirigea vers son mari.

            – Bon sang ! lâcha Emma en pointant l’écran. Regarde ça !

            Romuald retira ses lunettes de myope et colla son visage à quelques centimètres du moniteur.

            Vêtue d’un élégant trench-coat cintré, la chirurgienne avançait vers Matthew.

            Dans la main gauche, elle tenait un lourd sac de sport rouge et blanc.

            *

            Battu par les vents, le parking brillait sous le soleil. Un grand camion de collecte de sang orné du signe de la Croix-Rouge stationnait au milieu de l’asphalte sous une haute banderole :

            Donner peut sauver une vie

            Matthew souffla dans ses mains pour se réchauffer.

            – Tu tiens vraiment à m’infliger une prise de sang de bon matin ? soupira-t-il à l’adresse de sa femme.

            – Bien sûr ! Je l’ai fait hier, assura Kate. Aujourd’hui, c’est ton tour.

            – Mais tu sais que j’ai toujours eu peur des aiguilles !

            – Arrête ton cinéma, chéri ! Tu peux bien faire ça pour moi une fois tous les six mois ! Tu sais très bien que c’est mon service qui organise cette opération avec la Croix-Rouge. C’est la moindre des choses que nous donnions l’exemple pour inciter les autres membres du personnel de l’hôpital.

            – Mais moi, je ne travaille pas ici !

            – Allez, Matt, on se dépêche et ensuite, on se paie un bon petit déj’ à la cafétéria. Tu me diras des nouvelles de leurs pancakes au sirop d’érable.

            – Dans ce cas, sourit-il, difficile de refuser.

            Main dans la main, ils montèrent les marches de l’unité mobile.

            L’intérieur du camion était aménagé confortablement. Le chauffage tournait à plein régime. Branchée sur une station locale, la radio diffusait des chants de Noël.

            – Hello Mary, lança Kate à la secrétaire assise derrière le petit bureau de l’espace d’accueil.

            – Bonjour, docteur Shapiro.

            Cela faisait plusieurs années que Matt et Kate donnaient leur sang à la Croix-Rouge. L’employée n’eut qu’à entrer leur nom dans son logiciel pour faire apparaître leur dossier. Le couple put donc accéder rapidement à la zone de collecte qui comprenait quatre sièges donneurs.

            – Ça va, Vaughn ? demanda Kate en saluant son collègue. Tu connais mon mari, n’est-ce pas ?

            Le médecin responsable de l’unité acquiesça et salua le couple.

            – Matthew te trouve trop brutal, plaisanta Kate. À vrai dire, il préfère que ce soit moi qui lui plante des aiguilles dans la peau. C’est même comme ça que l’on s’est connus !

            – Bon, je vous laisse, les tourtereaux, proposa Vaughn sans savoir vraiment comment il devait prendre la chose. Je vais me payer un café. Préviens-moi lorsque vous aurez terminé.

            Alors que le médecin s’éclipsait, Matthew retira son manteau et se laissa tomber dans l’un des fauteuils inclinables.

            – Je ne savais pas que l’on avait ce genre de jeux, plaisanta-t-il en remontant la manche de sa chemise.

            – Ne me dis pas que ça ne t’excite pas un peu, dit-elle en enfilant des gants stériles.

            Kate désinfecta le bras de son mari à l’aide d’un coton imbibé d’alcool. Elle plaça ensuite un garrot autour de son biceps pour faire saillir une veine dans le creux du coude.