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Dans notre modeste contribution à l’approche de l’œuvre, et afin que le lecteur puisse s’y retrouver dans l’encyclopédie des positions sexuelles que San-A. nous propose, nous tentons pour la première fois au monde un classement de celles-ci, non sans avoir avoué auparavant de très nombreuses lacunes dans leur expérimentation, in vivo, in pageot, in situ, de visu… et bien entendu : poil au cul. De Adada, opéra bouffe pour clarinette à moustache à Y a ton lacet qui se délace, les grandes catégories sont donc, soit :

— géographiques : le batave moldave, la torpille nipponne, le triporteur hindou, le picador de Séville, le lézard rose des îles aléoutiennes, le palanquin mongol, l’avalée de Chevreuse, le coup du Martien, le chausse-pied de Belleville, etc., etc. ;

— culinaires : la tartine de miel, la patte de homard agressive, le cou d’oie farci, le fixateur à blanc d’œuf, le manche à gigot, le porc frais de Dorian Gray, le trou normand, le banc de belons, fais dos-à-dos t’auras du gâteau, etc., etc. ;

— artisanales : le ramoneur fantasque, l’ouvre-boîte à manivelle, le fifre baveur, le four à pines, le coup de peigne à Brutus, le presse-citron, le rossignol de serrurier, etc., etc. ;

— anatomiques : le médius musardeur, l’ermite à moustache, la chute de reins du Zambèze, la poignée de main à coulisse, le cure-dents à ressort, l’homme du gros moignon, la bête à veine bleue, etc., etc. ;

— théologiques : le missi dominici, le doigt de cour dans le jardin d’Allah, De profundis morpionibus, la bécane du pasteur Mortone, la blanquette de dévot, le bénitier de Satan, the God Miché, etc., etc. ;

— littéraires : Mme Baud varie, si tu as cru Robinson t’as pas cru Zoé, les pâleurs de Sophie, le nœud de Mauriac, l’introduction du morceau de Faust dans l’ouverture de la fille de Mme Angot, Ali Babasse et les quarante violeurs, l’éponge d’une nuit d’été, etc., etc. ;

— animalières : la botte chattée, le colibri viennois, le bouc commissaire, la mouche du scotch, la grenouille d’Elbeuf, le faucon des Carpates, la vipère lubrique du Kremlin-Bicêtre, le crabe polisson, le chien des baskets de ville, le hareng saur qui rentre, etc., etc. ;

— florales : le nénuphar hindou, le lotus effeuillé, le figuier géant, la rose des ventres, la tulipe batave, etc., etc. ;

— politiques : l’arrosé du Petit Clamart, la pogne à Pogna, l’hélicoptère du Négus, Touche-pas-mon-Chirac-devant-tout-le-monde, le Debré en folie, etc., etc. ;

— potagères et bien sûr fruitières : la figue mi-raisin, goûte c’est pas des citrons, l’arène des pommes, la banane à fermeture Éclair, le pouce dans l’oignon, etc., etc. ;

— et cinématographiques : les dents de l’amer, les derniers jours du Con d’or, Papa est en voyage d’affaires, un tramway nommé Désir Varsovie-versa, la fièvre monte à El Pageot, la chevauchée fantastique, etc., etc.

C’est cul, F.D. !

Scatologie

Les bégueules, les empêchés du troufignon, les coincés du couloir à lentilles… se boucheront le nez ou iront m’attendre à l’entrée suivante. Il est hors de question de faire l’impasse sur un thème régulièrement abordé chez San-A. : la scatologie. Comme on peut s’y attendre, au chapitre des anecdotes franchement merdiques, le bel Antonio s’arrange pour faire porter le pet (voir l’entrée Vents contraires) par son innommable Béru, quand il ne met pas à contribution les désordres digestifs du Pinuche à la tuyauterie souvent dérangée ! Mais il sait reprendre la main dès qu’il faut tirer un enseignement des heurs et malheurs intestinaux de ses contemporains. Son credo peut se résumer à : Pour être heureux, il faut beaucoup dormir et bien déféquer. L’insomniaque et son cousin germain, le constipé, sont les damnés de la terre. Malgré tout, Béru a une opinion pertinente sur la question : C’est pas les constipés qu’a le trou du cul le plus propre. On ne saurait le contredire !

Admirons donc la conscience professionnelle de San-Antonio qui n’a laissé aucun sujet dans l’ombre. Freudien avant l’heure, il concède que la scatologie, c’est le lycée, l’enfance, une façon de dire merde à la société ; le plaisir de choquer, de faire la nique aux adultes. Et, consterné, il s’étonne de voir que les chasses d’eau sont toujours bruyantes ; on marche sur la Lune, mais nettoyer la merde silencieusement est encore à l’étude !

Un lanceur d’alerte, on l’a déjà souligné.

Scène de la vie ordinaire aux Mureaux

Frédéric s’est arrêté un instant devant la vitrine de la Librairie de la Presse, émerveillé. Il y contemple Lucie, une jeune sténodactylo, employée de la maison Kores, grande marque de carbones et rubans de machine à écrire. M. Boissin, le libraire, est un pionnier en matière de publicité ; il vient d’installer ce mannequin automate grandeur nature qui tape sur une rutilante Olivetti. Frédéric s’apprête à partir quand il remarque le petit encart collé sur la vitre : Jeune femme sérieuse, professionnelle, cherche travaux occasionnels de dactylographie. S’adresser à M. Boissin. Exactement ce qu’il lui faut ! Autant il tape ses romans sans difficulté, autant la présentation en deux colonnes des adaptations théâtrales lui est un véritable calvaire. Il perd des heures précieuses à aligner les textes les uns en regard des autres. Si quelqu’un présente ça proprement à partir de ses manuscrits, il est sûr de gagner beaucoup de temps. Or le temps est ce qui lui manque le plus. Et de plus en plus !

Rendez-vous est pris le jour même, au domicile des époux Gony. Les jeunes mariés se sont installés l’année précédente aux Mureaux, fin 1953. Leurs deux salaires sont maigrichons, et la proposition de ce monsieur, un écrivain qu’ils ne connaissent pas, est une heureuse surprise. « Vous allez voir, il deviendra très vite célèbre, car ses romans commencent à bien se vendre », leur souffle M. Boissin quelques jours plus tard. Dix années sans une ombre, dix années d’une amitié respectueuse suivront. Monsieur Carnaval, suivi du départ de Frédéric des Mureaux clôtureront leur collaboration.

Époque : Été 1962

Décor : Le pavillon des Gony, rue des Perclairs, aux Mureaux. Une succession de petits pavillons modestes, mais joliment arrangés et presque tous agrémentés d’un jardin potager.

Frédéric Dard vient rendre visite aux époux Gony. À l’entrée du pavillon, il croise le médecin qui sort de chez eux.

— Bonjour, docteur.

— Bonjour, monsieur Dard. J’ai l’impression que Mme Gony vous attend avec impatience. Vous avez de la chance de travailler avec une jeune femme comme elle. J’en connais pas de plus souriante. Pourtant, elle en a, des emmerdements.

— C’est pour ça qu’elle est souriante, docteur !

Josiane Gony a entendu arriver son visiteur. Elle l’accueille sur le pas de la porte, charmante comme à son habitude.

— Bonjour, Josiane.

— Bonjour, monsieur Dard. Je viens juste de finir, vous arrivez bien. Entrez, entrez, je vous en prie.

Josiane accompagne Frédéric jusqu’à la salle à manger-bureau, au fond du couloir. Il s’assoit à table, tandis que Josiane lui tend un paquet de feuilles. Voilà des années que Frédéric vient lui confier la frappe de ses adaptations théâtrales. Parfois, c’est Josiane qui se déplace chez lui, autrefois avenue Foch, aujourd’hui dans leur belle maison les Gros Murs. Pourtant, elle est toujours aussi intimidée. Elle n’ose même pas lui offrir à boire ou une de ses petites madeleines qu’elle réussit si bien.