— On est déjà à Villeneuve-Saint-Georges ?
La cavale ne dure pas longtemps, car, nouveau rebondissement (quel suspens !), Vao est la présidente de la Section des Dragons Rouges du Kremlin Bi Sètre. Elle leur a tendu un piège. C’est compter sans Cyprien, venu à la rescousse, qui permet à nos deux acolytes de fuir de nouveau, après une belle mitraillade et plein de morts. Avec le rire, la bagarre, c’est le propre de l’homme, ferme le chapitre IX. On est d’accord.
La suite est carrément grandiose ; le camion des fuyards est pris en chasse. Bing, boum ! Béru fait un carton. Le soulagement est bref. Voici un barrage de police. Ils abandonnent leur véhicule et courent comme des dératés. Ça canarde de partout. Puis, la poursuite cesse, et les tirs deviennent de moins en moins précis ! Nos héros zatopèquent un maximum, jusqu’à ce qu’ils atteignent, pantelants, haletants, vidés, une gigantesque barrière de barbelés haute de quatre mètres. La tuile ! Ils sombrent dans une espèce de somnolence poisseuse (sic) quand, tout à coup, cric, cric, à quelques mètres d’eux, un homme s’ouvre un passage dans l’écheveau de barbelés. Et part en courant. Et là, blaam, il explose devant les yeux ahuris de nos compères. Puis un deuxième homme suit. Et reblaam, il se soulève de terre, tournoie, se disloque, éclate, s’éparpille. Vous savez quoi ? San-A. et le Gravos réalisent qu’ils viennent de traverser un champ de mines. Paralysés de trouille rétrospective, ils s’endorment. Au petit jour, San-A. tire Béru du sirop.
— T’as sorti les pots de fleurs sur la fenêtre, Berthe ? il demande. Je crois qu’il pleut !
C’est pas drôle, car en fait ils sont dans une sacrée béchamel. Néanmoins, n’écoutant que son courage, Béru franchit d’autor et sans encombre les vingt mètres qui les séparent du trou dans les barbelés. San-A. sur ses talons. Ouf ! Enfin, si on peut dire, vu qu’ils débouchent dans le pénitencier de Tu Man Di Ratan où des pauvres gnards cassent des cailloux destinés aux manufactures de boules de Loto. Ils sont enfermés dans un cul-de-basse-fosse où San-A. nous refait le coup du détenu qui parle français — Il n’a pas le temps de nous exprimer son point de vue (Images du monde). Nous non plus ! Le détenu est un vieillard décharné du nom de Gî Ber Jeûn. Trois gardes électrocutés plus loin, San-A. et Béru s’évadent et libèrent tous les prisonniers, histoire de foutre le bordel dans le camp. Bien leur en prend, car ils en profitent pour piquer une chenillette et s’enfuir en rase campagne avant de se réfugier dans une grotte. Miracle, un hélicoptère se pose tout près. Un Pétahouchenoque VI à virginateur compensé qui peut transporter deux cent huit personnes, plus un enfant ou monsieur Paul Reynaud (1878–1966, ancien président du Conseil, de mars à juin 1940). Ils s’en emparent, après que Cyprien, arrivant d’on ne sait où, a sauté dans l’appareil. On commence à en avoir l’habitude ! Puis ils obligent le pilote à les déposer aux abords de la ville de Fou Zi Toû, près des rizières du Pou Lo Pô. C’est là qu’ils sont accueillis par Ko Man Kèlé, une élève de Gî Ber Jeûn, et surtout une dadame haute d’un mètre cinquante, large comme un vaisselier, ventrue, maflue, bouddhique, avec une figure comme les fesses d’un tailleur… Une cliente pour Béru qui a repris du poil de l’ablette, non pas grâce à Cyprien, mais en dégustant un Ri D’vô Kla Mâr, une Po Té O ver Niâte et des Pro Fi T’rol. Le lendemain, Ko Man Kèlé les dépose en corbillard — elle dirige une entreprise d’embaumement — au bout d’un chemin bordé de bou t’chou (en chinois, bou t’chou ne prend pas d’x au pluriel), près des rizières du Pou Lo Pô où San-A. croit savoir que se trouve la base tant recherchée. Il ne s’est pas trompé ! Mais là, il y va quand même un peu fort en nous décrivant une gigantesque coupole souterraine : C’est à crier ! À pleurer ! À béer ! Nous venons, écoutez bien gentes dames et doux seigneurs, de DESCENDRE sur la Lune ! On les équipe de scaphandres et on les fourgue dans un énorme tube car on les confond avec des cosmonautes. Nous on se dit qu’on sent un peu la fatigue chez l’auteur ! Ou alors il a trop vu de James Bond ! Passons ! Ils sont expédiés dans l’espace, mais, heureusement, Cap Kennedy réussit à intercepter le vol et à guider leur rentrée dans l’atmosphère, en leur faisant actionner le rétroverseur de bougnazal, puis l’antivibreur cystographique. La chute est vertigineuse. Au moment où le chiffre 1957 (l’année où Anquetil a gagné son premier Tour de France, précise Béru) apparaît sur le cadran à baloches oscillantes, San-A tire sur les deux leviers placés de chaque côté du portrait de Mao Tsé-Toung, puis ferme le robinet de vidange situé sous l’escabeau de la kitchenette. S’ensuivent une sacrée chute et une grosse secousse. Pile dans le lac d’Aiguebelette, en Savoie, où ils sont récupérés par Dédé Bellemain qui tient Novalaise-Plage.
Bon, ça finit un peu en eau de boudin, mais on lui en veut pas, à notre San-A. ; on a bien rigolé !
Et on n’a plus jamais eu de nouvelles de Cyprien !
Titres
San-Antonio est unique à plus d’un titre !
À 183 titres, exactement, depuis Réglez-lui son compte ! jusqu’à Lâche-le, il tiendra tout seul. Ces titres sont une fantaisie littéraire dont la seule lecture est un régal d’inventions et de drôleries. Cela n’a pas échappé aux passionnés. Françoise Rullier-Theuret y porte un regard savant en une quinzaine de pages de Faut pas pisser sur les vieilles recettes, la revue Le Monde de San-Antonio leur consacre un numéro « spécial titres » (no 12, Jean-François Dominé et Jean-Paul Bouquin, 2000) et Patrick Giovine réalise l’exploit de tous les caser dans une nouvelle mettant en scène le commissaire San-Antonio (« Titres en stock », supplément au MSA no 12). Je me fais un devoir de renvoyer le lecteur curieux à ces écrits. Loin de moi l’idée de reprendre ce qu’ils ont décortiqué avec talent. Ma contribution, ici, se limite à proposer un classement fantaisiste, comme ces titres le sont. Le seul but est de distraire, et comme le titre le 74e San-Antonio à bon escient : Ça mange pas de pain.
Cette abondance de titres s’exprime sous les formes les plus variées :
— Le calembour : En avant la moujik.
— La locution populaire : En long, en large et en travers.
— La formule de politesse détournée : Après vous s’il en reste, monsieur le Président.
— La pure fantaisie : Fleur de nave vinaigrette.
— L’argot : Le hareng perd ses plumes.
— Le jeu de mots : À prendre ou à lécher.
— Le double sens : À tue… et à toi.
— L’anglais francisé : Le Standinge.