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« Barns, manœuvres d’évitement », ordonna Southunder.

Mais ce serait inutile. Le rayon fuserait en ligne droite aussi vite que la lumière du soleil. L’altitude à laquelle croisait la Voyageuse, qui la protégeait de toutes les autres armes, faisait d’elle une cible facile pour un rayon de paix. Même si l’Imperium la manquait une fois ou deux, il finirait par faire mouche. Faye avait déjà tout calculé. « Continuez, commandant. Je m’en occupe. » Elle n’attendit pas la réponse.

Dans la cale l’accueillit un terrifiant visage blafard percé d’yeux noirs. La voix de M. Sullivan résonnait drôlement sous l’acier trempé. « C’est le moment ? »

Elle souleva le paquet de flingues et de bombes qu’elle avait préparés. Elle était déjà bardée de pistolets. Derrière elle, les engrenages avaient allumé leur nouvelle machine, qui crépitait d’énergie magique. « Un empêchement. Rayon de paix. Faut que je l’arrête. »

Les gens avaient souvent l’impression que Sullivan était un peu lent, mais c’était absolument faux, surtout quand il s’agissait de survivre.

« Je vous rejoins. »

Faye consulta sa carte mentale, choisit une destination à vingt-cinq kilomètres de distance et partit saboter un navire de guerre à elle toute seule.

« Dragon propice » (Vaisseau de guerre impérial K3)

Elle comprit bientôt que la raison principale pour laquelle l’énorme dirigeable n’avait pas encore tiré sur la Voyageuse était que ses concepteurs n’avaient pas prévu qu’on veuille viser le zénith.

En tout cas, chapeau pour le commandant : il avait déplacé l’hydrogène vers l’avant de la carène et basculé les moteurs, pour que la proue se cabre le plus vite possible. Elle n’avait jamais mis le pied dans un aérostat orienté selon un angle si raide – bon, à part le Tempête quand il s’était écrasé, mais elle était alors dans le coma. Normalement, quand un dirigeable grimpait, il s’élevait tranquillement, en restant à l’horizontale. Cette fois-ci, au contraire, c’était brutal, et, si elle n’avait pas été Sally Faye Vierra, atterrir sur une passerelle quasiment verticale l’aurait déconcertée.

Mais elle en fut à peine déstabilisée. Sa première balle atteignit le soldat japonais à l’épaule ; là résidait toute la beauté du Suomi. Elle ne l’avait choisi que pour sa jolie crosse en bois, mais il était aussi de maniement facile. Elle corrigea donc le tir, et les balles suivantes le touchèrent en pleine poitrine. À sa décharge, l’arme était lourde, et elle la tenait d’une seule main ; de l’autre, elle trimballait le gros sac de flingues qui pesait une tonne. Elle le lâcha, insoucieuse du boucan, et empoigna le chargeur.

Bien sûr, elle attirait l’attention. Tous les hommes présents levèrent la tête. Elle ne savait pas bien à quoi servait ce compartiment, mais il y circulait d’impressionnants flots d’énergie : ça devait donc être important, et tous les bonshommes avaient des têtes de mécanos. Les liquider ne ferait pas de mal.

Faye écrasa la détente. Le compensateur limitait efficacement le recul. Le reste des trente cartouches partit en une longue rafale furieuse. Elle avait touché presque tout le monde. Certains criaient encore, d’autres rampaient, d’autres ne bougeaient déjà plus. Un tuyau crevé crachait de la vapeur. Quelques types s’étaient mis à l’abri, et deux avaient réussi à s’enfuir sans se rendre compte qu’ils étaient déjà touchés. Elle leur réglerait leur compte plus tard. Dans l’immédiat, elle sentait l’énergie s’accumuler autour du rayon de paix. Elle lâcha le Suomi pour récupérer le sac de flingues. Pendant la dernière bagarre, elle avait remarqué que prendre le temps de recharger gâchait de précieuses secondes qu’il valait mieux consacrer à cracher la mort. L’inclinaison du plancher était telle que le sac avait glissé jusqu’au mur.

Le commandant était malin, pour piloter ainsi son dirigeable : elle allait s’occuper de lui. Sa main se posa sur un semi-automatique Browning Auto-5 : un de ses préférés.

Le poste de pilotage était aisément repérable. Il débordait de matériel, de grands sièges, et l’électricité dansait entre les appareils et les écrans. Faye apparut sur une console et l’opérateur se figea, stupéfait. Elle le fit tomber d’un coup de pied dans les dents.

Il y avait foule, mais elle fit d’abord exploser la tête qui portait la plus belle casquette : c’était forcément celle du commandant.

Faye repéra un garde de fer. La magie qui palpitait dans les kanjis rituels dont il était bardé aurait suffi à le faire repérer, même s’il n’avait pas dégainé une arme de poing à la vitesse de l’éclair. Elle disparut et les balles s’enfoncèrent dans la console.

Les gardes de fer étaient dangereux ; parfois, ils réussissaient à deviner où elle choisirait de se matérialiser. Elle décida de la jouer fine. Sous le pont courait un gros tuyau de chauffage protégé par une grille. Juste sous les pieds du type. Elle n’y avait pas la place de lever son fusil de chasse, mais elle tira huit balles de .45 qui lui déchiquetèrent les jambes. Il se contenta d’une grimace et ne vacilla qu’à peine : une brute.

Les fusiliers marins de l’Imperium étaient futés. Ils comprirent vite d’où elle leur tirait dessus. Aucune importance : quand ils se mirent à canarder la grille, elle était déjà partie à l’autre bout du vaisseau, non sans leur laisser une grenade dégoupillée en souvenir. Elle n’entendit même pas l’explosion, mais elle sentit la malédiction voler la connexion magique du garde de fer et de plusieurs soldats.

Le rayon de paix tira.

Ça ne faisait pas grand bruit, ça ne se voyait presque pas. Les particules fusaient dans la discrétion. Un petit craquement, les ampoules clignotèrent, rien de plus.

Non !

Elle consulta sa carte mentale. La Voyageuse était toujours là. Le coup n’avait pas porté, sans quoi le dirigeable de Southunder aurait déjà disparu. Les Japonais allaient devoir réajuster leur arme ; leur dirigeable faisait plus de trois cents mètres de long, et il était bondé. Qui était le plus actif ?

Elle trouva un compartiment où l’on s’agitait : sûrement, les artilleurs s’y trouvaient. Elle y apparut sans qu’on la voie. Comme personne ne l’avait remarquée, elle rechargea son pistolet, le remit dans son étui et leva le fusil avant de se raviser. Un homme en bleu de travail manipulait une machine sur laquelle tournaient d’énormes rouages : l’arrêter semblait une excellente idée. Faye s’approcha de l’ouvrier, lui enfonça la crosse du fusil dans l’occiput et le poussa contre les roues dentées. Pas de chance : elles le réduisirent en bouillie mais ne ralentirent même pas. En revanche, les hurlements qu’il poussa attirèrent l’attention de ses collègues.

Elle épaula donc et se mit au boulot. Les soldats tombaient comme des mouches. L’Auto-5 avait un recul brutal, mais il était rapide. Comme elle. Ses adversaires se carapataient. Certains, courageux, foncèrent vers elle en gueulant. Ils n’étaient même pas armés. D’autres partirent chercher du renfort. En tout cas, l’Imperium les formait bien : aucun ne resta planté sans réagir. Tous tentèrent quelque chose. En vain : en dix secondes, elle avait éliminé tout le monde.

Elle s’intéressa alors de plus près aux rouages qui tournaient doucement. Il fallait les casser, ça ne faisait pas de doute. Elle enfonça l’Auto-5 vide entre les énormes dents. La machine s’arrêta dans un crissement métallique, un frisson parcourut le vaisseau tout entier. Prometteur. Un tuyau dans le mur se mit à cracher des flammes. Les lettres japonaises n’avaient aucun sens pour Faye, mais, coup de chance, un bidon dans un coin arborait une flamme stylisée. Le contenu devait être inflammable. Elle le troua d’une balle de .45 et voyagea pour se mettre à l’abri.