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Après les singulières et graves prophéties qui remplirent tous les regards d'une lueur indéfinissable de joie intérieure devant la vision anticipée du glorieux royaume de Jésus, Jean fut consulté par de nombreux frères sur divers sujets d'intérêt général pour la bonne marche et le développement de la nouvelle doctrine, comme cela se produisait lors des premières assemblées du christianisme naissant, et répondait à tous avec la plus franche expression de bonté fraternelle.

Interpellé par l'une des personnes présentes quant au motif de sa joie radieuse alors que les révélations du Saint-Esprit annonçaient de si grandes épreuves et tant de souffrances, le généreux émissaire répondit avec un sublime optimisme :

Oui, mes amis, nous ne pouvons attendre que l'accomplissement sacré des prophéties annoncées, mais nous devons considérer avec joie que si Jésus permet aux Impies la réalisation de monuments merveilleux comme ceux de cette ville somptueuse et corrompue, que ne réserve-t-il pas dans son infinie miséricorde aux hommes bons et justes dans les clartés de son royaume ?

Ces réponses consolatrices tombaient dans l'âme de la grande assemblée comme un baume apaisant.

Dans une ambiance de douces joies et de fraternité, tous échangeaient des paroles de sympathie et des salutations amicales.

Une lueur de joie profonde brillait dans les yeux calmes de Livia et d'Anne.

À la fin de la réunion, tous se levèrent pour les prières humbles et spontanées puisées à la source pure des premières leçons du christianisme.

Brillante et claire, la voix de l'émissaire d'Antioche se fit entendre encore une fois :

Notre Père qui êtes aux cieux, que votre nom soit sanctifié, que votre règne de miséricorde vienne à nous, que votre volonté soit faite sur la terre, comme au ciel...

Mais à cet instant, sa douce et émouvante parole fut couverte par un sinistre tintement d'armures.

C'est ici, Luculus !... - cria la voix de stentor du centurion Claudius Varus qui avançait avec ses nombreux prétoriens vers la foule stupéfaite des chrétiens désarmés, constituée dans sa majorité de femmes.

Quelques croyants plus véhéments se mirent à éteindre les torches. Les ténèbres provoquèrent alors la confusion et le tumulte, mais Jean de Cléophas descendit de la tribune le visage radieux et impressionnant.

Mes frères - s'écria-t-il d'une voix étrange et vibrante dans son appel, comme saturée d'un extraordinaire magnétisme -, le Seigneur nous a recommandé de ne jamais cacher la lumière sous le boisseau ! N'éteignez pas la clarté qui doit illuminer notre exemple de courage et de foi !...

À ce moment-là, deux centurions présents avaient déjà mis en place leurs forces et réparti les cinquante hommes qui étaient venus sous leurs ordres dans l'hypothèse d'une résistance.

On vit alors à la stupeur silencieuse des participants, l'apôtre d'Antioche s'avancer avec courage et s'adresser à Luculus Quintilius en lui tendant ses bras pacifiques et en sollicitant avec assurance :

Centurion, accomplis ton devoir sans crainte car je ne suis venu à Rome que pour les gloires du sacrifice.

Le préposé de l'Empire ne s'émut pas de ces paroles et, après avoir brandi à la face du missionnaire la garde de son épée, immédiatement il lui attacha les bras, empêchant ainsi tous mouvements.

Deux jeunes croyants révoltés par une telle cruauté, laissèrent libre cours à leur tempérament ardent et sincère, ils dégainèrent leurs armes qui brillèrent à la clarté pâle de la pénombre et s'avancèrent vers les soldats dans un geste suprême de défense et de résistance. Mais .Iran de Cléophas, par sa parole magnétique et profonde, 1rs avertit encore une fois :

Mes enfants, ne répétez pas dans cette enceinte la douloureuse scène d'arrestation du

Messie.

Souvenez-vous de Malcus et gardez votre épée dans sa gaine, parce que ceux qui blessent par le fer, avec le fer seront blessés...

Il y eut, alors, dans l'assemblée, un mouvement d'accalmie et d'étonnement. Le courage serein de l'apôtre contaminait tous les cœurs.

Dans les grands retournements de la vie, il y a toujours une vibration spirituelle qui émane d'autres mondes pour réconforter les misérables voyageurs du parcours terrestre.

Un événement inouï et inattendu se produisit alors. Tous ceux qui étaient présents imitèrent le valeureux apôtre en tendant leurs bras désarmés pour être sacrifiés. À cet instant, Livia s'est armée d'un courage qu'elle n'avait jamais eu. Devant sa figure noble et son habit de patricienne, les regards significatifs des bourreaux s'arrêtèrent longuement. Dans cette assemblée, c'était la seule femme à afficher les marques du patriciat romain.

Avec un certain respect, Claudius Varus accomplit sa tâche et, quelques minutes plus tard, le long cortège se mit en route à travers les ombres épaisses de la nuit.

La prison où les chrétiens allaient passer tant d'heures dans l'air humide de la nuit dans une angoissante promiscuité, qui était en quelque sorte pour eux une douce consolation, était annexée au grand cirque dont voici la description de ses proportions gigantesques pour donner une faible idée de sa grandeur.

Le cirque Maximum était situé précisément dans la vallée qui sépare le Palatin de l'Aventin, et se dressait là comme l'une des plus belles merveilles de la cité invincible. Edifié dans les débuts de l'organisation romaine, ses proportions grandioses s'étaient développées avec la ville et, au temps de Domitius Néron, son extension était telle, qu'il occupait 2.190 pieds de longueur, sur 960 de largeur, se terminant en demi-cercle. Il pouvait contenir trois cents mille spectateurs confortablement installés. Des deux côtés s'alignaient deux rangées de porches, superposés, ornés de colonnes précieuses et couronnés de terrasses confortables. Dans ce luxe de constructions et d'ornements excessifs, se trouvaient de nombreuses gargotes et d'innombrables lieux de débauche, à l'ombre desquels dormaient les miséreux et se reposait le peuple ivre et avachi des plaisirs les plus hideux. Six tours carrées laissaient entrevoir les expressions les plus poussées du bon goût de l'architecture de l'époque où dominaient les terrasses qui servaient de luxueux balcons aux personnalités les plus distinguées lors des spectacles de grand gala. De larges bancs en pierre, disposés en amphithéâtre, s'alignaient sur trois côtés. Ensuite, en ligne droite, se trouvait l'espace occupé par les cachots d'où sortaient les chevaux et les chars, tout comme les esclaves et les prisonniers, les fauves et les gladiateurs pour les divertissements favoris de la société romaine. Au-dessus des cachots, se dressait le somptueux pavillon de l'Empereur où les plus hautes autorités et les auliques accompagnaient le César dans ses divertissements. L'arène était séparée longitudinalement par une muraille de six pieds de hauteur sur douze de largeur, sur laquelle s'élevaient des autels et des statues précieuses, dorées et parées de bronzes fins. Bien au centre de cette muraille, conférant au décor un attrait d'une majestueuse grandeur, s'élevait à hauteur de cent-vingt pieds le fameux obélisque d'Auguste dominant l'arène colorée de rouge et de vert qui donnait l'impression d'une agréable pelouse teintée subitement de fleurs de sang.

Les pauvres prisonniers de cette chasse à l'homme furent jetés dans une vaste dépendance des cachots aux premières heures de la matinée.

Un à un, les soldats les dépouillèrent des objets de valeur ou des petites sommes d'argent qu'ils portaient sur eux. Mêmes les dames n'échappèrent pas au dépouillement humiliant et furent volées de leurs bijoux les plus précieux. Seule Livia, par le respect qu'inspiraient ses vêtements, fut épargnée de l'infâme examen.