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Dans un cabinet privé, Claudius Varus informait son supérieur, Cornélius Rufus, du succès de la mission qui lui avait été confiée cette nuit-là.

- Oui - s'exclama Cornélius, satisfait -, d'après ce que je vois, la fête de demain satisfera entièrement l'Empereur.

Cette première chasse aux chrétiens était essentielle au glorieux événement des grands hommages rendus aux sénateurs.

Mais écoute - continua-t-il plus discrètement en se rapportant à Livia -, qui est cette femme qui porte la toge des matrones du plus haut rang ?

Je l'ignore - répondit le centurion quelque peu pensif. D'ailleurs, j'ai été très surpris de la trouver là, mais j'ai sévèrement accompli vos ordres.

Tu as fait bien.

Néanmoins, comme s'il adoptait personnellement une nouvelle mesure, Cornélius Rufus décréta :

Nous la garderons ici jusqu'à demain et au moment du spectacle, elle pourra être remise en liberté.

Et pourquoi ne la libérons-nous pas dès maintenant ?

Dans sa noble condition, elle pourrait provoquer quelque mouvement de protestation à rencontre de la décision de César et cela nous mettrait dans une très mauvaise posture. Et comme ces créatures misérables seront jetées aux fauves en qualité d'esclaves et de condamnés à la peine finale lors des derniers divertissements de l'après-midi, il vaut mieux ne pas nous compromettre vis-à-vis de sa famille. En la retenant ici, nous satisferons les caprices de Néron et, en la libérant après, nous ne contrarierons pas ceux qui jouissent des faveurs de la situation.

Effectivement, c'est la solution la plus raisonnable. Néanmoins, pourquoi ces créatures seront-elles condamnées en tant qu'esclaves quand elles devraient mourir comme chrétiens, car en cela réside la cause de leur juste condamnation ? La raison de leur mort n'est- elle pas dans l'humiliante doctrine qu'ils professent ?

Oui, mais nous devons considérer que l'Empereur ne se sent pas encore suffisamment fort pour affronter l'opinion des sénateurs, des édiles et des nombreuses autres autorités qui voudraient certainement plaider la cause de ces malheureux, au détriment de son prestige et de ses plus proches conseillers... Mais, je ne doute pas que cette persécution des adeptes de l'odieuse doctrine du Crucifié soit prochainement officialisée (13), dès que les pouvoirs impériaux seront plus fortement centralisés.

(13) La majorité des historiens de l'Empire Romain signalent les premières persécutions du christianisme au cours de l'année 64 ; néanmoins, certains favoris de Néron entreprirent dès 58 ce mouvement criminel, sachant que les chrétiens de l'époque, avant le grand incendie de la ville, étaient conduits aux sacrifices en qualité d'esclaves misérables pour divertir le peuple. - Note d'Emmanuel

Attendons donc encore quelque temps et d'ici là, fortifions le prestige de Néron, car le détenteur du pouvoir doit toujours être notre meilleur ami.

Pendant cela, tous les chrétiens étaient divisés en groupes dans l'enceinte de la prison et échangeaient des impressions personnelles sur leur angoissante situation.

À un moment donné, une porte s'ouvrit, le personnage détestable de Claudius surgit et s'exclama ironiquement :

Chrétiens, il n'y a pas de clémence de la part de César pour ceux qui professent les dangereux principes du Nazaréen. Si vous avez quelques affaires d'ordre matériel à régler, dites-vous bien que c'est trop tard, car seules quelques heures vous séparent des fauves de l'arène du cirque.

À nouveau, la lourde porte se referma sur son passage, tandis que les pauvres condamnés furent amèrement surpris par cette nouvelle inquiétante et terrible.

À travers les grilles renforcées, ils pouvaient observer l'agitation des nombreux soldats qui les gardaient enfermés, laissant place dans les premiers instants, aux plus angoissantes conjectures. Mais rapidement, le calme revint et les prisonniers s'apaisèrent avec humilité. Quelques-uns faisaient des prières ferventes, tandis que d'autres échangeaient des pensées à voix basse.