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Une fois à l'intérieur, Livia et Siméon se dirigèrent immédiatement vers la chambre du sénateur, légèrement éclairée par une douce lumière.

A l'exception des rues où circulaient bruyamment les esclaves attachés au transport nocturne comme c'était la coutume à cette époque, toute la ville se reposait dans l'obscurité.

À genoux devant la relique de Siméon, comme il avait pris l'habitude de le faire dernièrement, Publius Lentulus méditait. Sa pensée était plongée dans les ténébreux abîmes du passé où il cherchait à revoir avec angoisse les affections inoubliables qui l'avaient précédé sur la triste route de la mort. Cela faisait plus d'un mois que sa femme aussi avait rejoint les mystères de la tombe dans de tragiques circonstances.

Plongé dans les ténèbres de sa solitude amère faite de profondes nostalgies, l'orgueilleux patricien apaisait les pénibles inquiétudes du jour, afin de mieux consulter les mystères de l'être, de la souffrance et de la destinée...

À un moment donné, alors que ses poignantes réminiscences étaient les plus profondes et les plus mélancoliques, il remarqua à travers le voile de ses larmes que la petite croix en bois semblait émettre de délicats rayons de lumière argentée, comme si elle était baignée d'un clair de lune miséricordieux et doux.

Publius Lentulus, absorbé dans les vibrations lourdes et obscures de la chair, ne vit pas la noble silhouette de son épouse qui se trouvait là, près du vénérable apôtre du Samarie, se réjouissant en notre Seigneur de constater les profondes et bénéfiques modifications spirituelles de l'âme jumelée à la sienne dans le pèlerinage itératif des incarnations terrestres.

Prise de joie et de reconnaissance envers la providence divine, Livia lui baisa le front dans un transport indéfinissable de tendresse, tandis que Siméon élevait aux cieux une prière d'amour et de remerciements.

Le sénateur ne perçut pas, directement, leur présence douce et lumineuse, mais au fond de son âme, il se sentit touché par une force nouvelle alors que son cœur lacéré fut enveloppé d'une lumière caressante d'une consolation ineffable, inconnue jusqu'à présent.

TRAMES D'INFORTUNE

L'année 58 semblait destinée à marquer les incidents les plus difficiles de la vie du sénateur Lentulus et de sa famille.

Le décès de Calpurnia et celui de Livia bien inattendu furent de pénibles événements qui imposèrent à leur foyer un deuil permanent et contraignirent Pline Sévérus à se rapprocher un peu de l'ambiance familiale. Il fit ainsi une trêve à ses extravagances d'homme encore jeune afin de vivre dans un calme relatif aux côtés de son épouse.

Mais la violence de ses prétentions ne laissait à Aurélia aucun répit. Elle avait réussi à introduire une servante astucieuse auprès de Flavia, conformément au vieux projet que sa mentalité malsaine convoitait et initia l'exécution sinistre d'un plan diabolique afin d'empoisonner lentement sa rivale réservée et malheureuse.

Au début, la fille du sénateur remarqua que quelques éruptions cutanées apparaissaient sur son visage qui, considérées comme de moindre importance, furent traitées uniquement avec de la pâte de mie de pain mélangée à du lait de jument, remède qui à l'époque était considéré spécialement efficace pour la conservation de la peau. Toutefois, l'épouse de Pline se plaignait sans cesse d'une faiblesse générale et montrait la plus grande lassitude.

Quant à Pline, reprendre la normalité de sa vie publique et se rendre à nouveau au violent amour d'Aurélia ne fut qu'une question de jours. Il retourna bien vite à la vie mondaine avec sa maîtresse mais, à présent, sa situation sentimentale était très aggravée vu les calomnieuses dénonciations de Saul concernant les sentiments d'Agrippa envers sa femme.

Bien que généreux de tempérament, Pline Sévérus était impulsif. Dans le contexte familial, son esprit était celui d'un tyran domestique qui, en adoptant une conduite des plus dépravées et incompréhensibles, ne tolérait pas la moindre erreur dans le sanctuaire de son foyer. Malgré ses actes erronés et condamnables, il se mit à surveiller constamment son frère et son épouse avec la féroce impulsivité d'un lion offensé.

Saul de Gioras, à son tour, dépité par la sublime et fraternelle affection qui existait entre Flavia et Agrippa, ne perdait aucune occasion d'empoisonner le cœur impétueux de l'officier en lui faisant part des calomnies les plus viles et les plus injustifiables.

Avec sa générosité et son sentimentalisme, Agrippa ne pouvait pas deviner les pièges qui se tramaient autour de lui et continuaient avec la précieuse attention de son amitié à l'égard de la femme qui ne pouvait l'aimer que d'un amour fraternel sublimé.

Mais l'ex-esclave des Sévérus ne perdait pas espoirs. Il se rendait souvent chez le vieux Arax dont la cupidité et l'ambition ne cessaient de grandir au fur et à mesure que les années passaient, et il attendait anxieusement le moment de réaliser son aspiration passionnelle.

Comme il remarquait que Flavia Lentulia vouait une profonde affection à Agrippa, il n'hésita pas à voir dans ses moindres gestes une preuve d'amour intense et réciproque et chercha à s'immiscer par tous les moyens possibles afin de capter également son intérêt et son attention.

Une nuit, après plus de deux mois d'expectative anxieuse pour atteindre ses ignobles objectifs, il parvint à s'approcher de la jeune femme alors qu'elle était seule à se reposer sur un large divan sur la spacieuse terrasse.

De ces hauteurs, on pouvait contempler les plus beaux panoramas de la cité, alors éclairée par la lumière des premières étoiles dans la douce langueur du crépuscule. Les brises caressantes de l'après-midi tranquille portaient le son des luths et des harpes joués dans le voisinage comme des voix harmonieuses au cœur immense de la nuit.

Saul fixa la femme convoitée, observant son beau et délicat visage de madone, pâle comme la neige, dominée par une mélancolie maladive et inexplicable !... Cette créature était l'objet de toutes ses aspirations violentes et farouches, le but de son bonheur impossible et impétueux. Dans la rudesse de ses sentiments, il ne pouvait pas l'aimer comme un frère, mais avec la brutalité de ses désirs impurs.

Madame - dit-il résolu, après avoir longuement fixé son visage -, j'attends depuis plusieurs années une minute comme celle-ci pour pouvoir vous avouer l'immense affection que je vous porte. Je vous veux pardessus tout, même de ma propre vie ! Je sais que pour moi vous êtes inaccessible, mais que faire si je n'arrive pas à dominer cette adoration, cet intense amour de mon âme ?

Flavia ouvrit démesurément ses yeux sereins et tristes, saisie d'une pénible surprise...

Seigneur Saul - objecta-t-elle courageusement, triomphant de son émoi - calmez- votre cœur... Si vous me portez une telle affection, laissez-moi suivre le chemin de mes devoirs où doit se tenir toute femme soucieuse de sa vertu et de son nom ! Faites donc taire vos sentiments car l'amour que vous m'avouez ne peut être qu'un désir violent et impur !...

Impossible, Madame ! - ajouta l'affranchi désespéré. - J'ai déjà tout fait pour vous oublier...

J'ai fait mon possible pour m'éloigner définitivement de Rome depuis le jour infortuné où je vous ai vue pour la première fois !... Je suis retourné à Massilia décidé à ne plus jamais revenir, néanmoins, plus je me séparais de votre présence, plus mon âme s'emplissait d'ennui et d'amertume ! Je me suis à nouveau installé ici où j'ai vécu de mon malheur et de mes tristes espérances !... Pendant plus de dix ans, Madame, j'ai attendu patiemment. J'ai toujours respecté vos indiscutables vertus, espérant qu'un jour vous vous lasseriez du mari infidèle que la destinée a impitoyablement mis sur votre chemin !...

Maintenant, je devine que vous avez vidé le calice des amertumes conjugales car vous n'avez pas hésité à céder à l'affection d'Agrippa... Depuis que je vous ai vue en compagnie d'un homme qui n'est pas votre époux, je tremble de jalousie, car je sens que vous avez été faite uniquement pour moi... Je brûle d'ardeur, Madame, et toutes les nuits je rêve intensément de vos caresses et à la douce tendresse de vos paroles qui remplissent toute mon âme, comme si toute la félicité de ma vie ne dépendait que de vous !...