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Je débite alors la description faite par Mimiche :

— Un homme de genre un peu levantin, avec un sonotone ?

Tout étant relatif, je m’abstiens de lui répéter que M. Clément est « plutôt gros », car ce zig doit le juger d’une maigreur squelettique par rapport à lui-même.

— C’est peut-être M. Moulayan ? suggère le cétacé de la réception.

— Pouvez-vous vérifier si son prénom est bien Clément.

Il s’en assure.

Acquiesce.

— Exactement. Chambre 180.

— Profession ?

— Banquier à Beyrouth.

— Il est descendu ici depuis longtemps ?

Le Mongol fier vérifie.

— Le 6 !

J’examine ma mémoire, laquelle ne fonctionne pas par déclenchement sprunéo statique, mais simplement comme ça. Le 6 ! C’est le lendemain du jour où Michel Lainfame a été arrêté.

Coïncidence ?

— Il n’est pas seul ici, n’est-ce pas ?

— Effectivement, une jeune femme l’accompagne, reconnaît mister Trois Tonnes ; une brune qui ne sort pratiquement pas. Elle prend ses repas au restaurant de l’hôtel.

— Personne d’autre ? L’on m’a signalé qu’il y avait avec lui un type entre deux âges répondant au merveilleux diminutif de Freddo ?

— Je ne vois pas.

— Tant pis. Savez-vous si Moulayan est dans son appartement présentement ?

— Demandez au concierge.

— Merci de votre coopération, cher monsieur. Cela vous ennuierait-il de me donner l’adresse de votre tailleur ? Je voudrais me faire faire un tennis couvert, en toile imperméabilisée.

Je n’attends pas sa réaction et me propulse au comptoir qui fait face, celui du concierge, où un homme qui ressemble à Louis XVI (mais il a au moins une tête de plus que lui) accroche des clés à des crochets.

— Bravo, lui fais-je, votre collection est déjà très fournie.

Il ne me sourit pas. Les plaisanteries, il ne les tolère qu’enveloppées dans des billets de cent points.

— M. Moulayan, jeté-je alors d’un ton rogue.

Le serrurier fait son plein de suffisance avant de répondre :

— Il n’est pas dérangeable avant seize heures.

— Pour quelles raisons ?

— Pour les siennes, et elles me suffisent.

Oh ! dis, ça va plus ! C’était pas inscrit dans le programme de la Nouvelle Société, qu’un pingouin prétentiard envoie rebondir un commissaire dans l’exercice de sa fonction !

Il a droit à ma carte. Mais elle ne paraît pas le commotionner outre mesure.

— Pourquoi ne peut-on rencontrer Moulayan avant seize heures ? redemandé-je en articulant bien et en lui découvrant tout grand le blanc de mes yeux.

Il hésite.

— Ce sont ses instructions. Il fait la sieste.

Je m’arrache pour retourner vers le monstrueux, lequel s’est remis à écrire la vie de Fatty dans son registre en forme de radeau.

— Ami, un suprême petit renseignement : j’aimerais les noms des gens qui sont descendus à l’Azur Grand Lux le 6 et qui s’y trouvent encore.

Un voile marron passe dans son regard jaune.

— C’est du travail, me répond-il.

— Je sais, admets-je : il convient d’appuyer sur le bouton qui vous donne les entrées du 6 dernier, de noter les noms et de les confronter avec ceux qui occupent l’hôtel présentement. Mais comme votre classeur est électronique et que tout est répertorié par ordre alphabétique, vous devez venir à bout de cette écrasante mission en un peu moins d’une minute trente. Cela dit, j’ai droit à des frais généraux, la preuve en est.

Et je lui bascule un Delacroix, dont la bannière est brandie par une république nichonnante qui ressemble à cette femme de ménage qu’on avait l’année dernière et dont nous avons dû nous séparer parce qu’elle vidait plus volontiers nos bouteilles que nos ordures.

Il enfouille mollement le talbin en soupirant :

— Il est rare que la police arrose.

— Question de style et de moyens, objecté-je. Vous n’êtes pas sans avoir noté que j’appartiens à l’élite du grand poulailler.

Son rire lui sort d’entre un repli qui pourrait après tout fort bien être sa bouche. Il s’active sur son classeur, bricole, titille, vérifie, cadrante, chopsule.

Puis me tend une liste imprimée en caractères violets baveurs.

Je lis :

— Moulayan Clément, Ira Pahluin, prince Konsor, général Kibel Allalune, Von Hamkomble.

Je biche le ticket, l’explore.

— Ira Palhuin, c’est la copine de Moulayan ?

— Affirmatif.

— Le prince ?

— Un vieil habitué, il a plus de quatre-vingts ans.

— Le général ?

— Son aide de camp, aussi âgé que lui.

— Von Hamkomble ?

— Industriel bavarois, figure connue sur la Côte.

— Votre hôtel est récent et vous dites du prince qu’il est un « vieil habitué » ?

— Il descendait dans un palace démoli où je travaillais.

— En somme, pas d’homme jeune dans ce lot ?

— Aucun.

« Donc, me dis-je, le fameux Freddo ne vient ici qu’à titre de visiteur. »

Je remercie d’une cordiale branlade du chef. Ma tocante indique quatorze heures trente-quatre.

Le cher Moulayan fait la pause caoua jusqu’à seize heures. Prends-je sur moi de le déranger ou attends-je ?

Mais le déranger pour lui dire quoi ? « Excusez-moi, mon bon monsieur, pouvez-vous me dire ce que vous maquillez dans l’affaire Lainfame ? » Tu penses qu’il me répondrait ? Probably pas, hein ? Mieux vaut le surveiller en loucedé, m’assurer de qui il fréquente et tout ça, non ?

Je moule l’Azur Grand Lux et, sortant de la porte cisailleuse, j’avise un homme en bras de chemise, avec un chandail dont les manches sont nouées autour de son cou, et pantalon de velours à grosses côtelettes, et puis encore un appareil photo en bandouille sur le panneau électoral. Le cheveu rare malgré qu’il soit jeune, la frime un tantisoit couperosée, l’air pas très net, que je suis prêt à te parier ta pauvre femme contre une main de masseur qu’il a les pieds douteux et le slip bicolore.

Je le remarque parce qu’avec mon œil de faucon je l’avais vaguement retapissé avant de pénétrer dans l’hôtel et que tu ne trouves pas bizarroïde qu’il soit encore là, toi, pique-plante, avec un air tellement innocent que n’importe quel douanier lui ferait déponner ses valtoches et lui passerait un doigt dans l’oigne pour s’assurer ?

Je vais innocemment, regardant de temps à autre dans la plaque miroitante de ma gourmette pour m’assurer qu’il me suit.

Il me file bel et bien, sans trop prendre de précautions, du reste.

Alors j’oblique dans une rue en feignant de chercher un numéro. Avisant un immeuble dont l’entrée communique avec une cour, j’y pénètre et, à peine le porche franchi, me plaque contre le vantail fermé.

Ça ne rate pas. Quelques minutes s’écoulent et mon zèbre se hasarde sous le porche. Aussitôt, ton Antonio chéri le biche par la dragonne de son Nikon et l’attire violemment à lui. Juste pour dire de lui enfiler mon crâne dans les narines. Comme il est trop mahousse pour pouvoir y pénétrer, c’est le tarin qui éclate. L’homme chancelle. Je le rectifie d’une manchette sur la glotte.

Pendant qu’il s’explique avec ses poumons pour tâcher de leur faire admettre qu’ils vont devoir se passer d’oxygène pendant un certain temps, je cramponne le portefeuille logé dans la poche-poitrine de sa chemise sport. En premier lieu, j’y déniche une carte de police au nom de Louis-Paul Musardin, attaché à la P.J. de Nice, Alpes-Maritimes. Tiens, je l’aurais situé de l’autre côté de la barricade, ce petit vilain.