J. P. M.
A. Cresson, Marc-Aurèle, sa vie, son oeuvre, avec un exposé de sa philosophie (Alcan, 1938 ; 4e éd., P. U. F., 1962). / C. Parrain, Marc Aurèle (Club fr. du livre, 1958 ; nouv. éd., 1969). / P. de Proyart, Marc Aurèle, un empereur citoyen du monde (Éd. de l’Oasis, Clamart, 1962). / A. Bir-ley, Marcus Aurelius (Londres, 1966). / J. Romains, Marc-Aurèle ou l’Empereur de bonne volonté (Flammarion, 1968).
Marcel (Étienne)
Marchand drapier et homme politique français (v. 1316 - Paris 1358).
Milieu familial
et milieu social
Petit-fils d’un riche marchand drapier parisien — fournisseur du roi de Naples et du comte Robert d’Artois, Pierre Marcel l’Ancien, qui fut échevin et peut-être prévôt des marchands vers 1296 —, Étienne Marcel est aussi
le neveu de cinq marchands drapiers : alliés aux plus grandes familles de manieurs d’argent de la capitale, tel Geoffroi Coquatrix, ou d’officiers de finance de la cour, tel le maître de la monnaie, Jean Poilevilain. Fils cadet de Simon Marcel, marchand drapier de situation plus modeste que celle de ses cinq frères, Étienne Marcel descend, par ailleurs, par sa mère, Isabeau Barbou, de bourgeoisie chartraine entrée au service du roi ; son arrière-grand-père Renaud Barbou, dit le Vieux,
prévôt (royal) de Paris de 1270 à 1275
avait été un des représentants de cette bourgeoisie.
Très riches (Pierre Marcel l’Ancien en 1292, ses fils Jacques et Pierre Marcel le Jeune en 1313 figurent parmi les habitants les plus imposés de la capitale), les Marcel bénéficient de l’appui de la Cour, avec laquelle ils sont en constantes relations d’affaires et dont ils tirent profit et honneur (Garnier, fils de Jacques, est anobli par Philippe VI de Valois).
En fait, à la mort de son père, Étienne Marcel n’hérite que d’un modeste capital de 200 livres de revenu annuel.
Aussi ne possède-t-il en propre que la maison de la rue de la Vieille-Draperie ainsi que quelques rentes foncières au sud de la capitale. Mais, en épousant d’abord Jeanne de Dammartin,
qui lui apporte une dot de 852 livres, puis, sans doute en 1345, Marguerite Des Essarts, fille du très riche brasseur d’affaires Pierre Des Essarts, qui lui donne une dot de 3 000 écus d’or, Étienne Marcel assure définitivement sa fortune et sa position sociale au sein de la bourgeoisie parisienne.
La crise de 1346
et la succession
de Pierre Des Essarts
Brusquement, tout s’écroule. Attribuant aux mauvais conseillers la
défaite de Crécy, l’opinion contraint Philippe VI de Valois à épurer son entourage. Arrêté le 25 octobre 1346, Pierre Des Essarts ne retrouve la liberté qu’en mai 1347 contre le versement de 50 000 florins d’or à la chaise, amende dont le montant le contraint à de lourds
emprunts.
Craignant que le passif ne dépasse l’actif, Étienne Marcel refuse sa succession en 1350 au nom de sa femme Marguerite. Au contraire, ses beaux-frères, le chanoine Jean Des Essarts et Robert de Lorris, au nom de sa femme Jeanne (dite aussi Pernelle) Des Essarts, l’acceptent sans bénéfice d’inventaire. En fait, secrétaire de Jean II le Bon, Robert de Lorris obtient de ce dernier la réhabilitation de la mémoire de Pierre Des Essarts le 7 février 1352
et par contrecoup la restitution des 50 000 florins d’or le 28 octobre 1353
à ceux-là seuls qui n’ont pas perdu leur qualité d’héritiers, c’est-à-dire à lui-même au nom de sa femme et à Jean Des Essarts. Victime ainsi d’une escroquerie légale préparée sans doute de longue date, Étienne Marcel comprend qu’il ne peut tirer vengeance de ceux qui l’ont spolié qu’au prix d’une révolution politique qui les écarte du pouvoir.
Homme d’affaires et
homme politique
Établi dans son hôtel à l’angle de la rue de la Vieille-Draperie en la Cité, Étienne Marcel s’est associé en attendant à l’un de ses parents, Jean de Saint-Benoît, avec lequel il pratique le fructueux commerce en gros des
draps de Gand, de Bruxelles, etc., qu’il fournit à la Cour, notamment en 1351
et en 1352. Ainsi, il s’assure à la fois l’appui de cette dernière et une meilleure connaissance des milieux réformistes ou révolutionnaires flamands, qu’il approche soit à Paris, soit lors de ses voyages d’affaires dans leur pays.
Enrichi, membre respecté des plus
importantes confréries parisiennes —
celle de Saint-Jacques aux pèlerins, où il est admis au plus tard en 1338, et celle de Notre-Dame aux seigneurs, prêtres et bourgeois de Paris, dont il est prévôt en 1350 —, Étienne Marcel succède tout naturellement en 1355 au prévôt des marchands, Jean de Pacy, beau-frère de son oncle Jean Marcel.
Contrôlant dès lors le commerce
sur la Seine et les marchés, veillant à la perception des taxes de voirie, etc.,
Étienne Marcel dispose à cet effet d’une importante administration et d’un tribunal ayant juridiction sur les ports et les marchés : celui du Parloir aux bourgeois, siège du gouvernement municipal, dont il assure en 1357 le transfert de la maison dite de la Marchandise, près du Grand-Pont, à la maison dite aux Piliers, en place de Grève.
Orateur des bonnes villes aux états de langue d’oil de décembre 1355, il apporte alors au roi le concours financier de la bourgeoisie sous réserve que la levée des taxes de guerre se fasse sous le contrôle de ses représentants.
Au lendemain de la bataille de Poitiers, il s’allie à un ambitieux, l’évêque de Laon, Robert Le Coq, pour exiger du dauphin Charles d’abord le renvoi des mauvais conseillers, parmi lesquels se trouvent ceux qui l’ont spolié de l’héritage de son beau-père, Robert de Lorris, Jean Poilevilain, Nicolas Braque, ensuite la réforme du Conseil, où il fera entrer ses amis le 10 mars 1357, enfin le renoncement du gouvernement aux mutations monétaires et aux levées de taxes non consenties et non contrô-
lées par les états. Présentées lors de la réunion de ces derniers à Paris en octobre 1356, rendues applicables par la Grande Ordonnance de mars 1357, ces réformes — qui auraient pu être déterminantes — se heurtent à l’opposition latente du Dauphin, qui, par ailleurs, protège Robert de Lorris et Jean Des Essarts, auxquels Étienne Marcel tente vainement d’imposer la restitution de sa part d’héritage.
Il passe alors à l’action directe, boucle la capitale le 30 avril 1357 pour imposer au Dauphin une nouvelle réunion des états, introduit et fait acclamer par les Parisiens le 30 novembre 1357
le roi de Navarre Charles II le Mauvais (1349-1387), enfin fait assassiner au Palais royal, le 22 février 1358, les maréchaux de Champagne et de Normandie, aux côtés desquels le Dauphin n’échappe à la mort qu’en se coiffant de son chaperon bleu et rouge aux couleurs des révoltés.
Victoire sans lendemain. Proclamé
régent le 14 mars, le Dauphin s’enfuit et assiège la capitale. Accélérant la construction de nouveaux remparts
entreprise dès 1356, mobilisant la
population, recherchant en vain l’aide des villes du Nord (lettre aux échevins d’Ypres du 28 juin 1358), Étienne Marcel ne peut compter que sur le
soutien dangereux des Jacques, qui se révoltent le 28 mai 1358, que sur l’alliance inquiétante du roi de Navarre, qui brise l’insurrection paysanne le 10 juin, mais se fait nommer capitaine général de Paris le 15. Ayant dès lors perdu la direction réelle des événements et mécontenté la population en faisant entrer les Anglais détestés dans la capitale. Étienne Marcel est perdu.
La famille Des Essarts lui porte alors le coup de grâce. Tandis que Robert de Lorris et Jean Des Essarts pressent le Dauphin d’accélérer le siège de la ville, Pépin et Martin Des Essarts associent à leur complot son beau-frère Jean de Charny et l’un de ses fidèles alliés, Jean Maillart, qui le fait assassiner devant la porte Saint-Antoine le 31 juillet 1358.