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L’Empire assyrien va s’effondrer

brusquement avant la fin du VIIe s., mais les conséquences de sa politique brutale marquent définitivement le couloir syrien. Destructions et déportations ont singulièrement diminué le nombre des aires culturelles, des dialectes et des États. Si les Phéniciens maintiennent leur langue et leur culture sur le littoral, le reste de la Syrie adopte l’araméen et la koinê culturelle qui était apparue dans l’Empire assyrien par la synthèse des apports phéniciens, néo-hittites et mésopotamiens (VIIIe-VIIe s.). Enfin, la suppression des États et le massacre des sédentaires favorisent la pénétration d’une nouvelle vague sémitique, venue du sud-est, les Arabes*. Intervenant pour la première fois en Syrie avec un contingent qui rejoint à Qarqar la coalition anti-assyrienne (853), prenant souvent parti pour l’Égypte, les Arabes subissent les raids de représailles des Assyriens, qui ne parviennent pas à ralentir leur installation dans la frange steppique du couloir syrien.

Cette migration de longue durée est

masquée par le fracas du heurt des empires orientaux. L’Égypte, libérée (vers 653) de l’occupation assyrienne par le fondateur de la XXVIe dynastie, Psammétique Ier (663-609), songe aussitôt à occuper le couloir syrien, qui constitue le glacis de la frontière du Delta et dont les ports sont les principaux clients et fournisseurs de l’économie de la vallée du Nil. Psammétique Ier intervient très tôt en Philistie, puis, devant le renversement de la situation en Asie, envoie son armée au secours des Assyriens (616). Son fils, Nechao (609-594), ne peut empêcher la destruction de l’Assyrie par les Mèdes et les Babyloniens (609). Le couloir syrien, qu’il avait occupé, lui est arraché, après la bataille de Kargamish (605), par Nabuchodonosor, roi de Babylone* (605-562).

Le maître du nouvel Empire babylo-

nien se heurte, comme les Assyriens, à des révoltes encouragées par l’Égypte et pratique la même politique : les confins arabes sont pillés (599), le royaume de Juda est détruit (587), et Tyr doit s’incliner après un blocus interminable (v. 585-572).

Lorsque Babylone tombe aux mains

du Perse Cyrus (539), le couloir syrien suit le sort de la capitale et est incorporé dans l’Empire achéménide*, où il constitue la satrapie « au-delà du fleuve » (l’Euphrate). On peut alors y distinguer trois zones : sur le littoral, les cités-États de Phénicie, qui ont encore des rois ; sur la frange désertique, les tribus arabes parcourant le pays d’Edom (au sud de la mer Morte), qui devient alors l’Idumée ; le reste de la Syrie, composé de cités et de théocraties, comme celle de Jérusalem, dominée par le clergé de Yahvé et qui continue son approfondissement spirituel.

La politique prudente des rois perses, ménageant les cités phéniciennes, d’où downloadModeText.vue.download 12 sur 631

La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 19

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provient le meilleur de la flotte de l’Empire, et utilisant les querelles des petits États de l’intérieur pour mieux les dominer, est d’abord couronnée de succès. Mais, au IVe s., la monarchie

achéménide décline, et l’Égypte, redevenue indépendante (v. 401-344), provoque à trois reprises (entre 383 et 344) la révolte en Phénicie, où Sidon est finalement détruite (344).

Cependant, les Tyriens n’hésitent

pas à refuser l’entrée de leur île au Ma-cédonien Alexandre, qui a entamé la conquête de l’Occident achéménide ; mais, après sept mois de siège (332), le grand port est pris et saccagé, et l’esprit national phénicien ne se relèvera pas de cette nouvelle catastrophe.

L’hellénisation du couloir

syrien

Conquise par Alexandre le Grand

(333-332), la Syrie devient un élément essentiel dans le monde hellénistique*

(où la civilisation des Hellènes se ré-

pand à travers les régions de l’Orient) : cette façade maritime de l’Asie met en communication la Mésopotamie et l’Iran avec la Grèce. La Syrie est ainsi le coeur du grand royaume fondé par Séleucos Ier (301), qui domine du littoral méditerranéen au bassin de l’Indus.

Le premier des rois séleucides* et ses successeurs fondent ou développent dans le couloir syrien un grand nombre de villes, dotées d’un nom grec ou macédonien et des institutions de la cité grecque : Antioche*, la capitale, Séleucie de Piérie, son port, Laodicéesur-Mer (auj. Lattaquié), Apamée, etc.

Mais Séleucos Ier avait, à contrecoeur, laissé à son allié des jours difficiles, le roi d’Égypte Ptolémée Ier, la Syrie méridionale (au sud de l’Eleutheros, à la limite des États actuels du Liban et de la Syrie). Cette frontière, qui passe vraiment trop près de la capitale des Séleucides et coupe en deux leur plus belle province, est l’occasion de guerres multiples jusqu’à celle de 201-199, qui assure au Séleucide le sud du couloir syrien (la Koilê Syria, « Syrie Creuse », des Grecs). Et, comme le domaine séleucide tend, de plus en plus, à se limiter à la région syrienne (en effet la Mésopotamie est définitivement perdue en 129), on lui donne l’appellation non officielle de royaume de Syrie (de Syria, mot grec qui a désigné d’abord tout l’Empire assyrien, puis sa seule province syrienne).

Les Séleucides favorisent l’helléni-

sation des villes anciennes, mais leurs tentatives pour imposer en Judée les usages grecs, puis une religion syncré-

tiste du Seigneur des cieux se heurtent à l’indignation des Juifs pieux. Après une longue période de soulèvements et de répressions (167-134), la monarchie séleucide doit reconnaître le pouvoir local de Simon Maccabée, à la fois ethnarque (« gouverneur de peuple ») et grand prêtre, qui appartient à cette famille des Maccabées qui a dirigé l’insurrection. Après le grand désastre militaire des Séleucides en 129, Jean Hyrcan, fils de Simon, qui a fondé la dynastie des Asmonéens, entreprend d’imposer sa domination à tout l’ancien domaine israélite, y compris la Samarie, tenue par une secte peu orthodoxe, la Transjordanie et l’Idumée, parcourues par les Arabes.

Mais le caractère trop profane de

cette dynastie sacerdotale, qui a pris le titre royal en 104, suscite l’opposition des Juifs pieux, et la prédominance dans le sud du couloir syrien passe aux Nabatéens*. Ce peuple

arabe, qui s’est installé en Idumée au Ve ou au IVe s., contrôle, à partir de sa forteresse de Pétra, la route des aromates venue de l’Arabie méridionale.

Le reste du couloir syrien s’émiette en cités du type grec ou dominées par des tyrans, pour la plupart d’origine arabe, et c’est un titre vain que se disputent les Séleucides, maintenant divisés en deux branches rivales. De 83 à 69, cette poussière d’États passe sous la domination du roi d’Arménie Tigrane, puis sous celle de Rome, qui fait de la région une province (64-63 av. J.-C.).

L’émiettement politique et les nationalismes locaux persistent encore longtemps. Les Juifs ne s’accommodent

ni de la domination de rois iduméens choisis par Rome, ni de l’administration par des magistrats romains (à partir de 6 apr. J.-C.). Deux grandes insurrections (66-73 et 132-135) aboutissent à la ruine de Jérusalem (70) et à la dispersion totale des Juifs*. Le royaume nabatéen, plus isolé, se maintient jusqu’en 106, date de la création de la province d’Arabie. La cité de Palmyre*, qui a repris à son compte le fructueux trafic de caravanes des Nabatéens, bénéficie longtemps d’un

statut hybride, principauté et colonie romaine, mais, quand ses armées, qui ont défendu l’Orient romain contre les Perses, occupent la Syrie et l’Égypte, la riposte romaine aboutit à la destruction de la ville (272).

La Syrie a gardé sous la domination romaine ses activités économiques, qui en font la région la plus riche de l’Empire. L’hellénisation s’y poursuit : on n’écrit plus le phénicien au-delà du IIe s. apr. J.-C., et les villes (Baalbek, Gerasa, Pétra) continuent à se parer de ces monuments grandioses du style hellénistique propre à la région.