Notons aussi les réunions tenues chez le duc d’Aumont, chez l’abbé Grave ou l’organiste Louis Nicolas Cléram-bault. La duchesse du Maine à Sceaux et la Pompadour à Bellevue s’attachent les plus célèbres musiciens (Campra, Mouret). Les concerts de la reine, à partir de 1725, dirigés par André Cardinal Destouches, puis par François Collin de Blamont et Jean Ferry Rebel, remplacent les « appartements » de Louis XIV. Mais au premier rang se tiennent les salons du fermier général Alexandre Le Riche de La Pouplinière qui, à partir de 1727, rue Richelieu comme à Passy, virent passer les plus connus des musiciens et interprètes du temps. La sûreté du goût de La Pouplinière et ses recherches de nouveautés valurent aux habitués de connaître les oeuvres de son protégé, Rameau, d’entendre les premiers cors et clarinettes venus d’Allemagne, et de découvrir l’école de Mannheim et les symphonies de Stamitz.
En avançant dans le siècle, on aper-
çoit peu à peu une évolution du goût vers une musique instrumentale plus
« facile » et un certain affadissement de l’art vocal. On note aussi l’appari-
tion de nouvelles associations, concurrentes du Concert spirituel : en 1741, la Société des enfants d’Apollon ; en 1769, le Concert des amateurs, que dirige Gossec et qui devient en 1781
le Concert de la loge olympique ; enfin, les Concerts d’émulation en 1786. À la même époque, la meilleure musique se pratique dans les salons du maréchal de Noailles, de Mme Vigée-Lebrun et de Mme de Genlis. Pendant la Révolution, les principales associations disparaissent, et la vie musicale est assez réduite, malgré quelques essais comme les Concerts du théâtre Feydau (1794), ceux de la rue de Cléry ou de la rue de Grenelle, qui n’auront qu’une durée éphémère.
Cependant, dès cette époque, un
renouveau s’annonce : les concerts d’élèves au Conservatoire, institués en 1796 sous le nom d’exercices publics, sont animés sous l’Empire (1806-1815) par un ancien premier prix de violon de la classe Pierre Baillot, dont le nom devient rapidement célèbre : François Habeneck (1781-1849). C’est lui qui dirige à l’Opéra en 1818 les séances du Concert spirituel lors de sa résurrection éphémère sous la Restauration.
Ayant recruté une phalange de 78 instrumentistes et 87 chanteurs choisis parmi les élèves et anciens élèves du Conservatoire, Habeneck donne
le 9 mars 1828 le premier concert de la Société des concerts du Conservatoire, au programme duquel figure la Symphonie héroïque de Beethoven.
Cette association servit la musique avec un immense talent pendant près d’un siècle et demi ; elle fit connaître au public français les grands chefs-d’oeuvre de la musique et révéla mainte oeuvre contemporaine ; elle se déclara dissoute en 1967 afin de permettre (à l’instigation du ministère des Affaires culturelles, du conseil municipal de Paris et de l’ancien conseil général de la Seine) la création de l’Orchestre de Paris. Fondée par Charles Munch, qui en fut le chef dès l’origine, cette phalange d’élite fait rayonner le prestige de l’art musical français dans le monde entier. Herbert von Karajan, auquel succéda Georg Solti, en fut de 1969
à 1971 le conseiller musical, et Serge Baudo le chef permanent.
L’initiative de Habeneck allait susciter des émules : Jules Étienne Pasdeloup (1819-1887), professeur au Conservatoire, crée en 1851 la Société des jeunes artistes du Conservatoire, qui se transforme dix ans plus tard en Concerts populaires de musique classique (1861-1884). C’est là l’origine des Concerts Pasdeloup, ressuscités en 1920 par Rhené-Baton ; sous l’impulsion d’Albert Wolff et de son successeur Gerard Devos, ils font une large place aux compositeurs vivants.
Le Concert national (1873), transformé en Association artistique (1874), s’intitule rapidement Concerts du Châtelet puis Concerts Colonne, prenant ainsi le nom de son premier chef, Édouard Colonne (1838-1910), dont la carrière fut prestigieuse. Cet orchestre, que Gabriel Pierné, Franz Ruhlmann et Paul Paray dirigèrent ensuite, a joué un rôle de premier plan dans la révélation et la diffusion des oeuvres de Berlioz et de C. Franck. À partir de 1873, la Société de l’harmonie sacrée fait connaître à Paris les grandes oeuvres de Bach et de Händel ; son fondateur, Charles Lamoureux, organise en 1881
les Nouveaux Concerts, dont la fusion avec les Concerts de l’Opéra en 1897
engendre l’association des Concerts Lamoureux, placés sous la direction de Camille Chevillard ; cette société occupe une place très importante dans l’histoire du wagnérisme en France.
D’autres groupements moins il-
lustres ont néanmoins tenu une place honorable dans la vie musicale fran-
çaise : les Concerts Valentino (1837-1841), la Société Sainte-Cécile (1849-1854), la Société philharmonique de Berlioz (1850-1851), les Concerts Danbé (1871-1874), les Concerts éclectiques populaires d’Eugène d’Harcourt (1892-1896) et les Concerts spirituels de la Sorbonne (1898-1914), auxquels il faut ajouter, parmi les très nombreux downloadModeText.vue.download 26 sur 587
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 6
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groupes de musique de chambre existant alors : la Société des instruments à vent de Paul Taffanel (1879), la Société
moderne d’instruments à vent du flu-tiste Barrère (1895), la Société Diemer-van-Waefelghem (1895), spécialisée dans l’interprétation de la musique ancienne sur les instruments originaux, le quatuor Armingaud (1855), qui s’ad-joignit plus tard quelques instruments à vent pour former la Société classique et le quatuor Capet (1893), lequel donna les premières auditions intégrales à Paris des quatuors de Beethoven.
La Société nationale, fondée en
1871, dont se sépara de 1909 à 1917
la Société musicale indépendante
(S. M. I.), se consacre encore de nos jours aux premières auditions.
Les provinces françaises ont éga-
lement une vie musicale intéressante, notamment par l’existence de socié-
tés à Niort (1835), Lyon (1840), Bordeaux (1843), Lille (1876), Nancy, où Guy Ropartz en 1894 donne une
impulsion nouvelle aux Concerts du Conservatoire, et Angers (les Concerts populaires).
Parallèlement, avec les Céciliens (1820), l’Orphéon (1835), la Société pour la musique vocale religieuse et classique (1843) du prince de la Moskova, l’Harmonie sacrée (1873), Concordia (1879), l’Association des chanteurs de Saint-Gervais (1892), le chant choral prend un essor considérable qui s’amplifiera au cours du XXe s. ; de ce mouvement émergent notamment : la chanterie de la Renaissance (H. Expert), la manécanterie des Petits Chanteurs à la croix de bois (1903), l’Alauda, le choeur mixte de Paris (M. de Ranse), la chorale Félix Raugel (1928-1945), la chorale Yvonne Gouverné, la Psallette Notre-Dame (J. Chailley), les choeurs de l’O. R. T. F. et les chorales des professeurs de chant de la ville de Paris, de l’université, des J. M. F., auxquelles s’ajoutent celles des cathédrales et des grandes villes de province : Roubaix, Valenciennes, Reims, Strasbourg,
Dijon, Angers, Lyon, Nantes, pour ne citer que les principales.
Auprès des grandes associations parisiennes viennent prendre place dans la première moitié du XXe s. : la Société Mozart (1901, Adolphe Boschot), l’Association des grands concerts Char-
pentier (1905), les Fêtes du peuple d’Albert Doyen (1918), les Concerts Koussevitski (1922-1927), les Concerts Straram (1926-1934), l’Orchestre
symphonique de Paris, fondé par
Pierre Monteux en 1928, les Concerts Poulet (1929) et Siohan (1929), qui fusionnent en 1935, les concerts de la Société des études mozartiennes (1930-1939), les Concerts Touche, Ars Redi-viva (Claude Crussard), les orchestres de l’O. R. T. F. et de la Société des concerts de Versailles.
Dans le domaine de la musique de
chambre, la Sonate, le Triton, l’Association de musique contemporaine se consacrent à la musique contemporaine ; le Triptyque (P. d’Arquennes) s’emploie à faire connaître les jeunes interprètes et les jeunes compositeurs, et les ensembles restreints se multiplient : les quatuors (Amati, Poulet, Calvet, Hewitt, Loewenguth, Gabriel Bouillon, Pascal, Parrenin, Lépine), le trio Pasquier, le trio de France, le quintette P. Jamet.