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La Fortune (Tyciié). — La Fortune, fille d'Océan etTéthys, n'a j)as <!(' fable qui lui soit particulière dans la mythologie. Mais l'art lui donne

Fig. 65. — La Fortune (d'après une figure antique).

Jine physionomie et des attributs particuliers suivant l'aspect sous lequel elle est envisagée. Quand elle tient le gouvernail, eUe représente !•' destin qui gouverne le monde ; quand elle |tort(^ une corne d'abon-

dance, elle devient le symbole de la ])rospéi'ilé. Les poètes lui prêtent des ailes pour montrer son instabilité, mais les artistes lui donnent plus volontiers un globe ou une roue pour attribut (fig. 65). Les Romains prétendaient qu'ayant quitté l'Assyrie et la Perse, la Fortune s'était arrêtée un moment en Grèce et en Macédoine, puis était venue se poser sur le mont Palatin, où elle avait rejeté ses ailes et sa roue |>arce qu'elle s'y était fixée pour toujours. Cette divinité sans légende était fort lionoréc dans l'antiquité et avait plusieurs temples à Rome.

La Richesse (Plutls). — Le dieu des richesses, Plutus, est fils (le Ceres et naquit dans un champ de la fertile Crète, fécondé par un ti-iple labour. Jupiter^ craignant qu'il n'anticipât sur ses attributions, le frappa de cécité dès sa naissance, en sorte qu'il ne voit jamais si ses dons s'adressent aux bons ou aux méchants. Ce dieu sans légende était représenté sous les traits d'un enfant qui tient une corne d'abondance. On voyait à Thèbes une statue qui représentait Plutus dans les bras de la Fortune; à Athènes, il était dans les bras de la Paix ; à Thespies, dans ceux de Minerve Ouvrière.

L'amour immodéré de l'or a donné lieu à une fable dont le roi Midas est le héros. Bacchus, à qui il avait rendu service, lui permit de choisir lui-même la récompense qu'il voulait. Midas lui demanda de faire en sorte que tout ce qu'il toucherait devînt or : Bacchus l'exauça. Midas, voulant vérifier son pouvoir, alla cueillir une branche d'arbre qui fut aussitôt changée en rameau d'or. Le roi rentra ravi dans son palais et à peine en eut-il touché les portes qu'elles commencèrent à jeter un éclat surprenant. Il ne pouvait contenir sa joie, mais elle ne fut pas de longue durée, car lorsqu'il fut à table et qu'il voulut porter à sa bouche un morceau de viande^ il ne trouva que de l'or sous sa dent; quand il voulut boire, il s'aperçutqueson verre ne contenait que de l'or liquide. Au milieu de l'abondance, il ne pouvait ni assouvir sa faim, ni étancher la soif qui le dévorait ; et cet or qui avait fait l'objet de ses vœux, devint l'instrument de son supplice. Il reconnut alors sa faute et implora de nouveau Bacchus, qui le rendit à son premier état et lui ordonna d'aller se baigner dans le Pactole, auquel il communiqua sa vertu. En effet, depuis ce jour, ce fleuve roule du sable d'or.

Le Poussin a peint le roi Midas priant à genoux le dieu Bacchus de lui reprendre le don de convertir en or tout ce qu'il touche : ce joli tableau est au musée de Munich.

LE SOMMEIL ET LA MORT.

La Nuit et ses enfants. — Le flambeau renversé. — Le dévouement d'Alceste. — Hercule vainqueur de la Mort. — Les cérémonies funèbres. — Les tombeaux. — Le départ des âmes. — Commissions pour les enfers.

La Nuit et ses enfants. — La Nuit, mère du Sommeil et du Trépm habite au delà du pays des Cimmériens que le Soleil n'éclaire jamais de ses rayons. Cette contrée mythologique répond géographiquement aux côtes de la mer du Nord. Jamais dans ce pays les coqs n'ont annoncé le retour

Fig. G6. — La ,\uit (par Thorwaldsen).

de l'aurore. Jamais les chiens ni les oies qui veillent à la garde des maisons n'ont troublé par leurs cris le silence qui règne dans la contrée.

(Ovide.) Le repos absolu de la nature augmente avec l'obscurité, k mesure qu'on avance. Bientôt l'eau des ruisseaux cesse de murmurer et le vent n'agite plus ni les feuilles ni les branches. On arrive alors à une vaste caverne où réside la triste Nuit. L'antiquité en a rarement représenté l'image ; pourtant, sur le coffre de Cypsélus, on la voyait tenant dans ses bras ses deux enfants endormis, le Sommeil et le Trépas. Le sculpteur danois Thorwaldsen a fait sur la même donnée un charmant médaillon ou la Nuit, caractérisée par un chat-huant qui' vole derrière elle, traverse l'espace en portant ses deux enfants. La plus belle image qu'on connaisse de la Nuit est assurément celle que Michel-Ange a sculptée pour V*

tombi'an des Médicis. Mais cctt(> admiialjlc staluc, conçue sous Timpres-sion des malheurs qui affligeaient alors l'Italie, ne se rattache à aucune tradition mythologique.

Le Sommeil a pour attribut une baguette avec la([uell(> il endort les mortels en les touchant. Ses fils sont les songes trompeurs. Morphée, leur roi, apparaît quekpiefois dans Fart sous la forme d'un vieillard barbu qui tient une ileur de pavot. Sur une pierre gravée antique, on voit une femme, jteut-ètre la Nuit, qui distribue des pavots ; elle en remet à un jeune homme placé devant elle, et d'autres personnages placés derrière en ont déjà reçu et semblent vouloir céder au sommeil.

Kiii. ()". — La \iiit distribue ses pavots (d'après une pierre anti(jue. jaspe saiijiuii)).

Le Trépas, fils de la Nuit, habite auprès du Sommeil, son frère. Celui-ci, lami des mortels, se promène paisiblement au milieu d'eux sur la terre ; mais le Trépas ne connaît pas la pitié et son cœur est d'airain. 11 ne lâche jamais le malheureux qu'il a une fois saisi, et est en horreur même aux dieux immortels. (Hésiode.) Couvert d'un vêtement noir, il va parmi les hommes, coupe une boucle de cheveux au mourant et le consacre ainsi au dieu des enfers : il boit le sang des victimes immolées à la mémoire des défunts. (Eirumde.)

Le flambeau renversé. — Malgré les sinistres descriptions des poètes, la mort n'a jamais eu dans l'art antique l'aspect hideux que lui a donné le moyen âge. Elle paraît habituellement sous la forme d'un adolescent assoupi ou d'un génie qui tient un flanil)eau renversé (fig. 69 et 70). On la voit sous ce dernier aspect sur une multitude incroyable

Fig. 0)8. — GéiHo du ropos éternel .d'après une statue antique, musée du Louvre'

de sarcophages. Au reste la Mort, en Grèce, était du masculin, et. sur les monuments de Tart, il est souvent fort difficile de la distinguer du Sommeil. Les deux frères étaient jumeaux et fréquemment représentés ensemble : à Sparte, on leur rendait le même culte. La belle statue du Louvre, intitulée Génie funèbre, ou Génie du repos éternel, peut s'appli-

Fig. 09. — La Mort (d'après une pierre gravée antique].

querà l'un aussi bien qu'à l'autre. C'est un adolescent nu, couronné de fleurs et adossé contre un pin, l'arbre dont on faisait les torches funéraires. Son attitude indique une vague et tranquille rêverie (fig. 68).

Malgré sa puissance, la Mort, ou plutôt le Trépas, puisque c'est un dieu, a été quelquefois vaincu, entre autres par le brigand Sisyphe. Quand le Trépas survint, il résista avec une telle vigueur, qu'il parvint à renchaîner, en sorte que personne ne mourait [»lus sur la terre. {EisTAceE.)Cet état de choses n'étant pas conforme aux lois divines. Mars descendit de l'Olympe, vainquit Sisyphe et l'emmena aux enfers, après avoir délivré le Trépas.