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Les premiers à atteindre la cité furent les guerriers des steppes, suivis des Chasseurs de l’Irtych Violet menés par Kushumaï en personne. Ils se heurtèrent à une dizaine d’Orks qui tentaient de refermer la porte.

– Enfin un peu d’action ! rugit Tofann en abattant son épée gigantesque sur le crâne d’un des monstres, stupéfait de trouver en face de lui un homme de sa taille.

Les guerriers exterminèrent les Orks présents à la porte, avant même l’arrivée des Chasseurs.

– Vous auriez pu nous en laisser ! plaisanta l’un d’eux qui tenait une lance dans une main et une courte hache dans l’autre.

– Rassurez-vous, répondit Tofann en désignant du menton les grappes d’Orks qui dégringolaient des remparts : il y en aura pour tout le monde…

– Il ne faudrait pas que les autres trament, s’inquiéta Kushumaï. Que font-ils ?

– Je crois qu’il y a un problème, dit un Chasseur.

En effet, à cent mètres des murailles, brigands et hommes de l’Ouest qui constituaient le gros des troupes gisaient sur le sol, criant de surprise et de colère ! Ils s’étaient heurtés à quelque chose de mouvant et de laiteux qui les avait renversés comme des quilles, une sorte de vague magique gigantesque qui avait jeté par terre les audacieux tentant d’atteindre la cité…

Kushumaï leva les yeux vers le haut des remparts : des prêtres avaient tissé un puissant sortilège qui empêchait leurs amis de leur porter secours !

– Courage ! lança-t-elle à la cinquantaine d’hommes qui avaient resserré les rangs. Yorwan et Gérald sont dehors, avec les magiciens Korrigans. Ils vont sûrement trouver une solution !

– Rapidement, j’espère, dit calmement Tofann. Parce que les Orks qui arrivent ont l’air très, très nombreux !

Yorwan et Gérald ne perdirent pas de temps à réfléchir lorsqu’ils se rendirent compte que Kushumaï était prise au piège dans la cité avec seulement une poignée d’hommes. Si valeureux qu’ils étaient, ils ne tiendraient pas plus que les Chevaliers face aux hordes d’Orks qu’abritait Yénibohor ! Les deux Sorciers jetèrent un regard furieux aux prêtres en blanc qui, du haut de la muraille, formaient une chaîne relayant leur magie. Puis ils s’éloignèrent en compagnie de Qadwan et des Korrigans.

– Nous allons unir nos pouvoirs, Gérald, Qadwan et moi, expliqua Yorwan à Kor Hosik. Votre magie est trop différente pour que l’on puisse s’allier avec vous : que les Korrigans fassent au mieux pour nous aider à briser la vague blanche !

Kor Hosik rapporta ses propos aux vieux sages. Ceux-ci hochèrent la tête. Tandis que les trois Sorciers se prenaient la main et adoptaient les Stadha Incertaines du contre-sortilège qu’ils élaboraient, les Korrigans tracèrent un cercle sur le sol et se mirent à danser au milieu.

– Par le pouvoir de l’Auroch et de la Main, du Cygne et de Y Année, Uruz qui court sur la neige dure, Naudhiz qui va nu dans le froid, Elhaz qui crépite quand il brûle, Yéra la généreuse, endormez les esprits mauvais et défaites ce que la magie a fait ! UNEY !

– Gar ! Acéré comme le serpent, violent faiseur de veuves,

Par le pouvoir de la pièce d’argent,

Et du sang dont tu t’abreuves,

Bouscule l’obstacle puissant,

Qui bafoue tes enfants !

Le sortilège appelé par la magie des étoiles s’élança contre celui des prêtres de Yénibohor. La brume dorée s’attaqua à la vague translucide et tenta de la contenir, à la façon d’une digue de fortune dressée contre la tempête. Mais, après avoir lutté, elle céda et explosa dans une gerbe d’étincelles jaunes.

Immédiatement derrière, surgie de l’invocation des Oghams, la magie de la terre et de la lune frappa à son tour la vague dans un intense éclair rouge. L’air se troubla autour du sortilège laiteux qui se figea avant de refluer légèrement. Mais, bien qu’ébranlée, la protection des prêtres tint bon.

– Magie à nous plus forte que magie des hommes en blanc sur les grands murs, se désola Kor Hosik. Mais eux trop nombreux ! Un peu moins d’hommes en blanc et Oghams pulvériser le sortilège !

– Tu as raison, Kor Hosik, dit Gérald d’un air sombre. Mais que pouvons-nous faire ?

Le claquement sec d’une détonation retentit. Un prêtre vacilla sur les remparts, puis tomba en avant et s’écrasa en bas de la muraille…

XXIX Le feu et la terre

– Qu’est-ce que c’était ? demanda Gérald qui avait assisté à la scène sans comprendre.

Une autre détonation se fit entendre et un deuxième prêtre dégringola des murailles en se tenant le ventre.

– Là ! s’exclama Yorwan en montrant du doigt l’amas de rochers depuis lequel Urien de Troïl avait harangué la Confrérie quelques jours auparavant.

Le canon de leurs armes appuyé sur les pierres, ajustant posément leur tir, des Hommes des Sables avaient pris les prêtres pour cible…

Les trois Sorciers coururent les rejoindre. Personne n’avait encore vu d’armes à feu dans le Monde Incertain et les longs fusils à un coup que les hommes, drapés dans d’épais tissus bleu nuit, blanc crème et rouge sang, arboraient, provoquaient chez les brigands et les paysans de l’Ouest un étonnement considérable.

– Gérald ! s’écria Ambre avec un sourire, en allant à sa rencontre.

– Ambre ? s’exclama Gérald en l’apercevant. Tu as donc réussi !

– Oui, confirma la jeune fille, surexcitée. En arrivant au bord du Désert Vorace, on a allumé un grand feu avec Thomas, pour attirer l’attention des Hommes des Sables. Ils sont venus, mais ça a été long ! Après, il a fallu retrouver l’ami de Guillemot, Kyle, et lui raconter notre histoire. Puis Kyle a dû réunir les trois clans de son peuple et les convaincre de nous apporter leur aide. Ensuite il a fallu rentrer ! Tout cela a pris du temps ! Trop de temps ! C’est pourquoi on arrive seulement maintenant. Et puis…

– Ton ami, Thomas, va bien ? s’enquit soudain Qadwan. Il est avec toi ?

– Oui, hum… il… il est là ! Il va bien.

– Thomas ? appela Qadwan, que l’hésitation d’Ambre avait rendu inquiet. Où te caches-tu ?

– Je ne me cache pas, grommela Thomas.

Au même instant, il quitta l’abri des rochers, suivi par Romaric, Gontrand, Bertram, Coralie, Agathe, Toti et un garçon de leur âge, au regard bleu, aux cheveux noirs et à la peau hâlée par le soleil.

– Non ! s’exclama Gérald en apercevant la petite bande au complet. Bertram, est-ce que je ne t’avais pas demandé de… ?

– J’ai essayé ! se défendit-il. Mais ils sont plus têtus que des mules !

– Il nous fallait des guides pour nous conduire jusqu’à vous, intervint le garçon aux cheveux noirs.

Il se présenta :

– Je m’appelle Kyle, et je suis le fils des chefs des trois Tribus du Désert !

– Kyle, bienvenue à toi et aux valeureux Hommes des Sables, répondit Yorwan à la place de Gérald. On peut dire que ces armes avec lesquelles les Hommes des Sables tirent, quoiqu’inhabituelles, sont providentielles !

– Mon peuple les possède depuis toujours, enfin, depuis qu’il s’est retrouvé bloqué dans le Désert Vorace, commença-t-il à expliquer. Elles viennent sûrement d’un autre monde, où nous avons dû les acquérir lorsque nous vivions en nomades en dehors du Monde Incertain. Les fils héritent de l’arme de leur père depuis des générations. Nous en prenons grand soin, car ces fusils nous protègent des brigands et des hôtes de Yâdigâr, autant que la peur du Désert !

– Ce qui m’étonne, avoua Gérald, c’est que les balles des fusils ne soient pas, comme nous, repoussées par la vague magique…

– Je pense qu’elles sont trop rapides pour la magie déployée par les prêtres, répondit Yorwan après un temps de réflexion. L’important, c’est qu’elles les éliminent ! Moins il y aura de prêtres, moins le sortilège sera puissant… Retournons auprès des Korrigans et tenons-nous prêts à forcer le passage.