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La première chose à faire était de mettre la main sur le Chamalo. Lui les conduirait aux autres…

Par le boulevard du bord de mer, ils arrivèrent dans le centre de la ville. La chaleur était toujours aussi étouffante. Les boutiques regorgeaient de chapeaux et de colifichets pour touristes. Des ruelles étroites débouchaient dans une rue grouillante, inconnue des touristes, où Felipe trouva son chemin avec aisance. Felipe gara la voiture, au milieu d’une nuée de gamins éperdus de curiosité. Dans une boutique au rideau de fer à moitié baissé, des hommes en torse nu s’affairaient autour de machines et de bureaux, devant un demi-cercle d’adolescents admiratifs. C’était la rédaction et l’imprimerie du quotidien local El Tropical.

Le rédacteur en chef, assis à un vieux bureau, face à la foule, relisait une morasse. En voyant Felipe, il fit un large sourire et désigna deux tabourets.

Il n’y eut pas d’abrazos, mais de vigoureuses poignées de main. Puis Felipe entra dans le vif du sujet : Luis Chico, le chirurgien, le Chamalo, avait auparavant vécu dans la région, où il avait même été arrêté. Peut-être le vieux journaliste se souvenait-il des circonstances ?

A cause du tintamarre des machines, il fallait, hurler les demandes et les réponses, ce qui enlevait beaucoup de discrétion à l’interrogatoire. Mais le journaliste ne se souvenait de rien.

— Et les archives ? demanda Malko. Ils n’ont pas d’archives ?

Felipe traduisit.

Le rédacteur en chef éclata de rire et ouvrit à gauche de son bureau un minuscule tiroir, où s’entassaient une centaine de vieilles photos.

— Voilà ma bibliothèque, Señor, dit-il. Nous brûlons tout au fur et à mesure.

Ils s’excusèrent et sortirent. Au moment où ils franchissaient la porte, le journaliste les rappela.

— Il y a quelqu’un qui pourrait peut-être vous renseigner, dit-il. Je ne me souviens plus de son nom mais vous le trouverez facilement. C’est un des plongeurs de la Perla. Il est là tous les jours. C’est le plus vieux. Il connaît bien le Chamalo, car il est dans tous les coups louches d’Acapulco. Mais je ne sais pas s’il voudra parler.

Ils remercièrent et partirent avec, en prime, un numéro tout frais d’El Tropical.

— Qu’est-ce que c’est que la Perla ? demanda Malko à Felipe, quand ils furent revenus dans la voiture.

— Le restaurant le plus connu d’Acapulco. On y dîne, on y danse au clair de lune, et surtout c’est là, devant la terrasse, que plongent tous les soirs les fameux plongeurs d’Acapulco. Ils se jettent de 40 mètres de haut dans un étroit canon où reflue la marée. C’est très spectaculaire.

— Bien. Je vois où nous allons dîner ce soir, conclut Malko.

De retour à l’hôtel, Malko décida d’aller passer une heure à la plage. Felipe vint lui apporter un mystérieux petit flacon.

— C’est de l’huile de palme, dit-il. Ne mettez pas vos produits américains, sinon ce soir vous n’aurez plus de peau.

Malko obéit et le policier l’oignit paternellement d’une huile incolore. Lui-même avait la peau tannée et bronzée comme du vieux cuir.

Sur la plage, presque déserte, Felipe avait eu une longue conversation avec un plagiste, qui emmena les deux hommes sous un cocotier, où il déploya deux nattes.

— Il y a une jeune Américaine, arrivée seule depuis deux jours, qui se met là tous les matins, expliqua Felipe.

Effectivement, un quart d’heure plus tard, le plagiste goguenard convoyait une grande fille aux longs cheveux noirs et à la peau écarlate, qui, avec des grimaces de souffrance, s’allongea à dix mètres d’eux.

Sans insister, ils s’éloignèrent et firent les cent pas sur la plage. Le policier était un peu inquiet. Il trouvait que Malko prenait son travail bien à la légère. Malko lui expliqua que, dans ce genre d’affaires, le moindre faux pas pouvait déclencher des catastrophes. Ils étaient surveillés ; donc plus on les croirait décontractés, mieux cela vaudrait.

Un seul point était certain. On avait tenté de tuer Malko. Mais cela pouvait venir du Chamalo, des Cubains, ou même d’un amoureux de la belle Christina. Mais le procédé ne ressemblait pas à une vengeance d’amoureux.

Une voix aiguë interrompit la rêverie de Malko.

— Tu veux une jolie broderie pour ta fiancée ? demandait une voix enfantine en espagnol.

Malko leva le nez.

Un gamin d’une dizaine d’années, vêtu d’une culotte en loques et d’un maillot de corps, se tenait près de lui, un sac plein de colifichets à la main. Tous les matins il arpentait la plage avec sa pacotille.

— Je n’ai pas de fiancée, dit Malko en souriant.

— Tu es un bel « hombre », dit le gamin. Tu peux en trouver facilement. Il faut leur faire des cadeaux…

— Merci.

Le gamin s’accroupit à côté de lui, et lui posa sur le poignet une patte bronzée et dure.

— Tu ne veux pas de coquillages ? Des dentelles ? Des foulards ?

Malko secoua la tête.

— Alors, tu veux une femme ?… Je connais les plus belles d’Acapulco. Tu veux que je t’emmène au red-light district ? Tu veux une fille neuve, qui n’a jamais été avec un homme ?

Du coup, Malko le regarda, un peu surpris. Le gosse soutint son regard. Au-delà de la fraîcheur de son âge, il avait déjà dans les yeux la dure lueur qu’on trouve chez ceux qui ont à se battre tôt.

— À ton âge, tu vas chez les filles ? se moqua Malko.

— Cabron ! qu’est-ce que tu crois ! J’ai douze ans et j’ai déjà connu des femmes. Je suis macho, tu sais. Alors, tu veux que je t’emmène ? Nous irons tous les deux dans la plus belle casita d’Acapulco. Et nous boirons de la tequila…

Malko était dépassé.

— Comment t’appelles-tu, petit ?

— Pépé.

— Ecoute, Pépé. Je ne veux pas de femmes, tu comprends. Je suis ici pour me reposer.

Soupçonneux, Pépé le regarda :

— Tu es un maricon, alors ? Tu n’en as pas l’air, pourtant. Je vais te conduire chez mon copain Gustave. Il connaît des garçons jeunes, comme tu aimeras…

Pépé le regardait par en dessous, en faisant glisser du sable entre ses doigts. Pour cent pesos, il aurait offert sa sœur.

Malko le regarda sévèrement.

— Je ne veux ni filles, ni garçons, Pépé. Et si tu continues, tu vas avoir une fessée. Tu devrais être à l’école.

Le gosse se releva et haussa les épaules. Il sentait qu’il valait mieux ne pas insister.

— Peut-être que tu n’es plus du tout un homme, lança-t-il sarcastiquement. Mais, souviens-toi, je connais Acapulco mieux que tous les guides. Si tu veux me voir, tu me demandes à la Cantina Estrella, derrière l’hôtel Prado-Americana. Adios.

Il s’éloigna en enfonçant ses petits pieds bruns dans le sable doré, balançant négligemment sa marchandise. La plage était encore peu peuplée. Le radeau était vide et le canot du ski nautique se balançait immobile en face de l’hôtel. Ce qui donna à Malko une idée. Il se leva et allait s’incliner devant la jeune Américaine.