Une fois ces manœuvres terminées et son char à l’abri derrière une levée de terre, Feric s’accorda une pause pour examiner la situation d’ensemble. Par l’écoutille ouverte du char, il vit que la horde zind ne s’était pas accrochée aux talons de l’armée helder en retraite, en raison du chaos monstrueux de ses premières lignes. À cette distance Feric distinguait la digue de cadavres emmêlés et sanglants, épaisse de plusieurs kilomètres, qui bouchait le front au nord sur toute la ligne de combat. Seuls quelques chars zind opéraient encore, qui furent rapidement détruits par les bombardiers helders. Derrière ce front de Guerriers exterminés, dans le lointain, tel un immense essaim de fourmis tueuses en folie, régnait un chaos tourbillonnant de Guerriers incontrôlés. Plus loin encore, une mer infinie de troupes encore disciplinées. Quant à l’artillerie zind, elle avait été entièrement réduite au silence par la force aérienne helder, dont les croiseurs noirs et luisants avaient également délivré le ciel de la vermine ennemie.
Motards S.S. et fantassins avaient subi de lourdes pertes, mais l’artillerie était pratiquement intacte ; guère plus de cinquante chars avaient été détruits, et l’armée de l’air paraissait flambant neuve. On avait utilisé beaucoup de munitions et de pétrole – non sans résultat – mais, une fois les renforts de Waffing arrivés, ce problème trouverait sa solution.
« Notre rôle est maintenant parfaitement clair, dit Feric à Best. Nous devons tenir cette position à tout prix jusqu’à l’arrivée des troupes de Waffing. »
Best ne manifesta guère d’enthousiasme. « Je préférerais attaquer l’ennemi, quelles que soient nos chances, plutôt que de tenir une ligne de défense, aussi inexpugnable soit-elle, Commandeur », dit-il.
Feric marqua son approbation d’un hochement de tête ; c’était là son désir le plus profond et l’attitude normale d’un soldat helder. Pourtant, le bien de la Patrie exigeait parfois de renoncer aux désirs les plus chers. Il était évident qu’une attitude purement défensive ne procurerait aucune joie aux troupes helders. Il fallait faire quelque chose pour maintenir le moral.
Pour attiser le feu sacré de ses hommes, Feric abandonna son char, endossa un uniforme noir immaculé, se drapa dans une cape rouge impeccable et entreprit l’inspection des premières lignes, juché sur la moto noire et chromée d’un héros S.S. tombé au combat, suivi de Best, également motorisé. Il exhibait aux regards de tous le Commandeur d’Acier, dont le fût épais et argenté et la tête puissante polis à neuf scintillaient au soleil.
Ses troupes, bien qu’ayant férocement combattu pendant près de deux jours sans dormir ne manifestaient que le désir ardent de repartir à l’assaut de l’ennemi. Preuve en était la détermination fanatique qui brillait dans leurs yeux, le soin amoureux qu’ils prodiguaient à leurs armes durant ce répit, l’ardeur et le mordant de leur salut, la ferveur de leurs « Vive Jaggar ! » et les ovations spontanées qui soulignaient chaque salve d’artillerie dirigée sur les lignes de l’ennemi.
Une demi-heure seulement après le début de l’inspection, un grand mouvement se dessina le long du front zind.
« Regardez, Commandeur ! fit Best.
— Il semble que notre soif de bataille doive être apaisée bientôt ! » dit Feric. Vague après vague, les Guerriers se frayaient un passage à travers les monceaux sanglants de leurs camarades, courant vers la ligne helder à travers le no man’s land, leurs armes crachant le feu.
Feric posa sa mitraillette sur son trépied de tir ; tout le long des fortifications helders, canons et pièces furent braqués sur la vague ennemie et de terribles salves d’obus explosifs laminèrent les créatures qui couraient sur le sol désolé, tandis qu’une chaîne sans fin de bombardiers en piqué creusait des cratères béants dans les formations d’arrière.
Bientôt, la grande horde fut à portée des mitrailleuses et des lance-flammes. « Ouvrez le feu ! » rugit Feric.
Aussitôt, des centaines de milliers de mitrailleuses ouvrirent le feu sur toute la ligne. Le premier rang des Guerriers, littéralement foudroyé, s’écroula ; un sort identique fut réservé au rang suivant, les troupes helders continuant d’arroser de plomb toute la longueur du front zind ; de même pour le rang suivant. Mais les Zinds poursuivaient leur avance, inexorablement, par-dessus les cadavres de leurs camarades, droit vers les puissantes mâchoires des armes helders.
Voyant ses propres balles atteindre une demi-douzaine de monstres nus aux cuisses énormes, les rejetant en arrière dans un éclaboussement de chair, Feric réalisa soudain qu’aucun fourgon n’était en vue.
« Ce ne sont pas des Guerriers ordinaires, Best ! » s’écria-t-il. Les créatures n’avançaient pas en formations aussi précises qu’à l’accoutumée. En outre, leurs têtes, bien que de dimensions nettement inférieures à la moyenne humaine, présentaient de plus grands crânes que ceux des combattants que les Helders avaient affrontés jusque-là, et quelque chose dans leur mâchoire et leur bouche fit grincer les dents de Feric. Puis les lance-flammes des chars animèrent le front de l’assaut zind d’une vague de pétrole enflammé, provoquant des cris, des hurlements, des gémissements horribles, qui couvraient jusqu’au crépitement des armes.
Des Guerriers à moitié carbonisés jaillirent de rideau de flammes, tirant frénétiquement dans leurs derniers spasmes, et portant l’avance zind jusqu’à cent mètres des tranchées helders. Feric dégaina la Grand Massue de Held, la brandit magnifiquement au-dessus de sa tête, mit pleins gaz et se rua dans un hurlement hors des fortifications, droit sur la masse des géants bestiaux.
Cent mille motards S.S. et de l’armée le suivirent en poussant des vivats. Des milliers de ces héros furent instantanément taillés en pièces par les armes des Guerriers ; Feric entendit les balles siffler autour de lui. En quelques secondes la vague de motards atteignit les monstres zind et, les fusils devenant inutilisables, le combat se poursuivit massue contre massue.
Feric se retrouva dans une forêt de jambes énormes, velues et repoussantes. L’énergie de la Grande Massue se répandit dans tout son être ; il fit siffler l’arme comme une badine. Le coup surhumain trancha des douzaines de ces membres ignobles aussi aisément que s’il s’était agi de quelque fromage trop fait, précipitant au sol nombre d’ignominies hurlantes, où elles s’agitèrent comme des serpents décapités. Écrasant les crânes des créatures comme autant de melons, il remarqua leurs yeux de braise, leurs bouches couvertes de bave sanglante qui s’ouvraient sur des dents aiguës comme des rasoirs. Ces créatures n’appartenaient pas à l’espèce de Guerriers synchronisés que Heldon avait déjà combattus. Chacun luttait pour soi, avec la frénésie d’un chat enragé, opposant intrépidement leurs muscles massifs à la volonté de fer des fanatiques Helders montés sur leurs machines d’acier.
À grands coups de leurs énormes massues, ils taillaient en pièces motos et cavaliers, l’écume dégouttant de leurs ignobles bouches sans lèvres. Mais, aussi immenses et féroces qu’ils fussent, ces monstres ne pouvaient se mesurer à l’héroïsme surhumain du soldat helder combattant aux côtés de son Commandeur Suprême bien-aimé. Ces magnifiques spécimens sanglés de kaki ou de cuir noir affrontaient des créatures presque deux fois plus grandes qu’eux, leur cri de guerre aux lèvres, les yeux flambants de joie, et leurs massues s’abattaient comme les fléaux du Destin.