— « Seulement si mon copain Oscar m’accompagne. Voulez-vous venir avec moi, vieux camarade ? Je peux vous y conduire, il ne faut pas plus d’une semaine. Et il n’y a pas de dragons. Ils seront contents de vous revoir, surtout Mûri. »
— « Tu vas laisser Mûri en dehors de tout ça ! » À ce moment, Star tremblait littéralement.
— « Refusez d’l’accepter, hein ? » dit-il ironiquement « C’est une femme plus jeune, et tout et tout. »
— « Tu sais bien que ce n’est pas ça ! »
— « Oh ! que si, c’est ça ! » rétorqua-t-il. « Et combien de temps pensez-vous que cela va pouvoir durer ? Ce n’est pas correct, cela n’a jamais été correct. C’est…»
— « Silence ! Le compte à rebours s’arrête maintenant ! » Une fois de plus, nous nous prîmes par la main et, zippp ! Nous étions ailleurs. C’était encore une autre caverne dont un côté s’ouvrait en partie sur l’extérieur ; l’air était très léger, atrocement froid et il y avait de la neige qui s’engouffrait par l’ouverture. Le diagramme était tracé sur le roc avec de l’or brut. « Où nous trouvons-nous ? » Je voulais savoir.
— « Sur ta planète, » me répondit Star. « Dans un lieu qu’on appelle le Thibet. »
— « Et vous pouvez maintenant changer de train, » ajouta Rufo. « Si seulement Elle n’était pas tellement têtue. À moins que vous ne vouliez partir à pied, mais il y a une longue, longue marche, c’est dur ; je le sais, je l’ai fait. »
Je n’étais pas particulièrement tenté. La dernière fois que j’en avais entendu parler, le Thibet se trouvait entre les mains de pacifiques parfaitement inamicaux. « Allons-nous rester ici longtemps ? » demandai-je. « Cet endroit devrait être équipé avec le chauffage central. » Je voulais entendre n’importe quoi, sauf une autre dispute. Star était ma bien-aimée et je ne pouvais pas supporter d’entendre qui que ce soit lui manquer de respect… Seulement Rufo était mon frère de sang, car il avait perdu beaucoup de sang ; je lui devais déjà plusieurs fois la vie.
— « Pas longtemps, » me répondit Star. Elle avait les traits tirés et paraissait fatiguée.
— « Mais suffisamment longtemps pour vider l’abcès, » ajouta Rufo, « de manière que vous puissiez prendre votre décision au lieu de vous faire entraîner comme un chat dans un panier. Il y a longtemps qu’elle aurait dû vous parler. Elle…»
— « En place ! » aboya Star. « Le compte à rebours va s’arrêter. Rufo, si tu ne la fermes pas, je te laisse ici et tu iras te promener à pied, une fois de plus, pieds nus, et avec de la neige jusqu’au menton. »
— « Allons-y » dit-il. « Les menaces me rendent aussi entêté que vous. Ce qui n’a rien de surprenant. Oscar, c’est…»
— « SILENCE ! »
— «… l’Impératrice des Vingt Univers…»
CHAPITRE XVII
Nous nous trouvions dans une vaste salle octogonale, aux murs magnifiques et couverts avec profusion de panneaux d’argent.
— «…et c’est aussi ma grand-mère, » termina Rufo.
— « Pas Impératrice, » protesta Star. « C’est un mot qui ne convient pas. »
— « C’est celui qui est le plus près de la réalité. »
— « Quant au reste, c’est dû à ma malchance, ce n’est pas ma faute. » Star se mit sur pieds ; elle ne paraissait plus du tout fatiguée ; elle me mit un bras autour du cou au moment où je me levais, tandis qu’elle tenait l’Œuf de Phénix de l’autre main. « Oh ! chéri, je suis tellement heureuse ! Nous avons réussi ! Bienvenue chez moi, mon Héros ! »
— « Où ? » J’étais perdu : trop de zones de temps, trop d’idées, tout cela trop vite.
— « Chez moi, dans ma vraie maison. Ta maison maintenant, si tu veux. Notre maison. »
— « Euh… je vois, mon Impératrice. »
Elle frappa du pied. « Ne m’appelle pas ainsi ! »
— « La formule protocolaire, » dit Rufo, « est Votre Sagesse. N’est-ce pas vrai, Votre Sagesse ? »
— « Oh, tais-toi, Rufo ! Va nous chercher des vêtements. »
Il remua la tête : « La guerre est finie et je viens juste d’être démobilisé. Allez les chercher vous-même, Mammie. »
— « Rufo, tu es impossible. »
— « Fâchée contre moi, Mammie ? »
— « Je vais l’être si tu ne cesses pas de m’appeler Mammie. » Soudain elle me donna l’Œuf, prit Rufo dans ses bras et l’embrassa. « Non, Mammie n’est pas fâchée contre toi, » dit-elle tendrement. « Tu as toujours été un affreux garnement et je n’oublierai jamais la fois où tu as glissé des huîtres dans mon lit. Mais je parie que tu les avais acquises honnêtement, de ta grand-mère. » Elle l’embrassa de nouveau et lui passa la main dans sa frange de cheveux blancs. « Mammie t’aime bien, et t’aimera toujours. Après Oscar, je pense que tu es presque parfait… sauf que tu es insupportable, menteur, bruyant, désobéissant et irrespectueux. »
— « C’est mieux, » dit-il. « À propos, je pense la même chose de vous, à peu près. Que voulez-vous mettre ? »
— « Heu… apporte donc des tas de choses. Il y a si longtemps que je n’ai pas eu de vêtements corrects. » Elle se retourna vers moi. « Qu’aimerais-tu porter, mon Héros ? »
— « Je ne sais pas. Je ne sais rien. Que pensez-vous qui convienne, Votre Sagesse ? »
— « Ô Chéri, je t’en prie, ne m’appelle pas comme cela, enfin, pas toujours. » Elle semblait sur le point de pleurer.
— « Bon, mais comment dois-je t’appeler ? »
— « Star, c’est le nom que tu m’as donné. Si tu dois m’appeler autrement, tu peux m’appeler ta « princesse ». Je ne suis pas une « princesse », – et je ne suis pas non plus une « impératrice » ; c’est une bien mauvaise traduction. Mais j’aime à être « ta princesse » à toi, surtout de la manière dont tu le dis. À moins que tu ne préfères « jolie putain », ou tous ces petits noms dont tu m’as affublée. » Elle me regarda avec beaucoup de sérieux. « Juste comme auparavant. Et pour toujours. »
— « J’essaierai… ma princesse. »
— « Mon Héros. »
— « Mais il me semble qu’il y a beaucoup de choses que j’ignore. »
Elle abandonna l’anglais pour se mettre à parler en névian. « Seigneur mon mari, je voulais tout te dire. J’aspirais à te le dire. Et tout sera révélé à mon seigneur. Mais j’avais une peur mortelle que le seigneur, si je lui parlais trop vite, refuse alors de venir avec moi. Pas jusqu’à la Tour Noire, mais jusqu’ici. Chez nous. »
— « Peut-être était-ce sage, » répondis-je dans la même langue. « Mais je suis ici, madame ma femme… ma princesse. Alors, parle-moi, je le désire. »
Elle revint à l’anglais. « Je vais parler, je vais parler. Mais cela va prendre du temps. Chéri, peux-tu contenir encore un peu ton impatience ? Bien que tu aies été patient avec moi… si patient, mon amour ! – et si longtemps ? »
— « D’accord, » dis-je. « Je vais attendre. Mais tu sais, je ne connais pas les rues dans ce patelin, et j’ai besoin de quelques indications. Rappelle-toi l’erreur que j’ai commise avec le vieux Jocko, seulement parce que j’ignorais les coutumes locales. »
— « Oui, chéri, je m’en occuperai. Mais ne t’en fais pas, les coutumes sont toutes simples, ici. Les sociétés primitives sont toujours plus complexes que les civilisées… et notre société n’est pas du tout primitive. » À ce moment, Rufo fit tomber à ses pieds tout un amas de vêtements. Elle se retourna, une main sur mon bras, et se posa un doigt sur les lèvres, prenant un air de concentration, presque d’ennui. « Et maintenant, voyons. Qu’est-ce que je vais bien pouvoir mettre ? »