Выбрать главу

Ils chevauchèrent en silence sur le reste du trajet, Fantôme trottant sur leurs talons. Le corbeau de Mormont les suivit jusqu’à la porte, puis s’enleva vers le haut d’un battement d’ailes tandis que le reste de l’équipage mettait pied à terre. Tocard ouvrit la voie avec un brandon pour éclairer le passage à travers le tunnel de glace.

Une petite cohorte de frères noirs attendait à la porte lorsque Jon et ses compagnons émergèrent au sud du Mur. Ulmer de Bois-du-Roi figurait parmi eux, et ce fut le vieil archer qui s’avança, afin de parler pour les autres. « N’ vous déplaise, m’sire, les gars, y s’demandaient. Y aura-t-y la paix, m’sire ? Ou le fer et le sang ?

— La paix, répondit Jon Snow. Dans trois jours, Tormund Fléau-d’Ogres conduira son peuple à travers le Mur. En amis, et non en ennemis. Certains pourraient même venir grossir nos rangs, comme frères. Ce sera à nous de les accueillir. À présent, retournez à vos tâches. » Jon remit à Satin les rênes de son cheval. « Je dois rencontrer la reine Selyse. » Sa Grâce s’estimerait offensée qu’il ne vînt pas la voir sur-le-champ. « Ensuite, j’aurai des lettres à écrire. Apporte dans mes quartiers du parchemin, des plumes et un pot de noir de mestre. Ensuite, convoque Marsh, Yarwyck, le septon Cellador et Clydas. » Cellador serait à moitié soûl, et Clydas était un piètre succédané à un véritable mestre, mais ils étaient tout ce dont il disposait. Jusqu’au retour de Sam. « Les Nordiens également. Flint et Norroit. Cuirs, toi aussi, tu devras être présent.

— Hobb prépare des tartes à l’oignon, signala Satin. Dois-je leur demander de tous vous retrouver au dîner ? »

Jon y réfléchit. « Non. Dis-leur de venir me rejoindre au sommet du Mur, au coucher du soleil. » Il se tourna vers Val. « Madame. Suivez-moi, si vous voulez bien.

— Le corbac ordonne, la captive se doit d’obéir. » Elle parlait sur un ton espiègle. « Votre reine doit être terrible, si les jambes d’hommes faits ploient sous eux quand ils se présentent devant elle. Aurais-je dû revêtir de la maille, plutôt que de la laine et des fourrures ? Ces vêtements m’ont été donnés par Della, je préférerais ne pas les tacher de sang.

— Si les mots faisaient couler le sang, vous auriez motif à quelque crainte. Je crois que votre tenue n’a pas grand-chose à redouter, madame. »

Ils se dirigèrent vers la tour du Roi, en suivant des chemins fraîchement déblayés entre des monticules de neige sale. « J’ai entendu raconter que votre reine portait une grande barbe noire. »

Jon savait qu’il ne devrait pas sourire, mais il ne put s’en empêcher. « Une simple moustache. Très duveteuse. On peut en compter les poils.

— Je suis très déçue. »

En dépit de son désir tant proclamé d’être maîtresse en son propre domaine, Selyse Baratheon ne semblait guère pressée d’abandonner le confort de Châteaunoir pour les ombres de Fort-Nox. Elle conservait des gardes, bien entendu – quatre hommes, en faction à la porte, deux dehors sur le parvis, deux à l’intérieur près du brasero. Pour les commander, ser Patrek du Mont-Réal, revêtu de sa parure blanche, bleue et argent de chevalier, sa cape un semis d’étoiles à cinq branches. Quand on le présenta à Val, le chevalier tomba un genou en terre pour lui baiser le gant. « Vous êtes encore plus charmante qu’on ne me l’avait dit, princesse, déclara-t-il. La reine m’a tant et plus vanté votre beauté.

— Voilà qui est singulier, car elle ne m’a jamais vue. » Val tapota ser Patrek sur la tête. « Allons, debout maintenant, ser agenouillé. Debout, debout… » Elle donnait l’impression de parler à un chien.

Jon eut toutes les peines du monde à ne pas rire. Le visage de marbre, il annonça au chevalier qu’ils requéraient audience auprès de la reine. Ser Patrek envoya un des hommes d’armes gravir en courant l’escalier pour demander si Sa Grâce acceptait de les recevoir. « Le loup restera ici, toutefois », insista ser Patrek.

Jon s’y attendait. La proximité du loup géant angoissait la reine Selyse, presque autant que celle de Wun Weg Wun Dar Wun. « Fantôme, pas bouger. »

Ils trouvèrent Sa Grâce en train de broder au coin du feu, tandis que son fou dansait au son d’une musique qu’il était seul à entendre, dans le tintement des grelots accrochés à ses andouillers. « Le corbeau, le corbeau, s’exclama Bariol en voyant paraître Jon. Sous la mer, blancs comme neige sont les corbeaux, je sais, je sais, ohé, ohé. » La princesse Shôren était pelotonnée sur la banquette bordant la fenêtre, son capuchon remonté pour cacher le pire de la léprose qui la défigurait.

Il n’y avait aucune trace de lady Mélisandre. De cela au moins, Jon fut reconnaissant. Tôt ou tard, il devrait affronter la prêtresse rouge, mais il préférait que ce ne fût pas en présence de la reine. « Votre Grâce. » Il posa un genou en terre. Val l’imita.

La reine Selyse mit son ouvrage de côté. « Relevez-vous.

— S’il plaît à Votre Grâce, puis-je lui présenter la dame Val ? Sa sœur Della était…

— … la mère du marmot braillard qui nous empêche de dormir la nuit. Je sais qui elle est, lord Snow. » La reine renifla. « Vous avez de la chance qu’elle nous soit revenue avant le roi mon époux, sinon la situation aurait pu mal tourner pour vous. Très mal, en vérité.

— Êtes-vous la princesse des sauvageons ? s’enquit Shôren auprès de Val.

— Certains m’appellent ainsi, répondit Val. Ma sœur était l’épouse de Mance Rayder, le Roi au-delà du Mur. Elle est morte en lui donnant un fils.

— Je suis princesse, moi aussi, mais je n’ai jamais eu de sœur. J’ai eu un cousin, naguère, avant qu’il ne prenne la mer. Ce n’était qu’un bâtard, mais je l’aimais bien.

— Franchement, Shôren, intervint sa mère. Je suis sûre que le lord Commandant n’est pas venu entendre parler des incartades de Robert. Bariol, sois un gentil bouffon et conduis la princesse dans sa chambre. »

Les grelots sonnaillèrent sur le couvre-chef du fou. « Allons, allons, chantonna-t-il. Venez avec moi sous la mer, allons, allons, allons. » Il prit la petite princesse par une main et l’entraîna hors de la pièce, en sautillant.

« Votre Grâce, commença Jon, le chef du peuple libre a accepté mes conditions. »

La reine Selyse donna un infime hochement de tête. « Le vœu du seigneur mon époux a toujours été d’accorder sanctuaire à ces peuples sauvages. Tant qu’ils respectent la paix du roi, ils sont bienvenus en notre royaume. » Elle pinça les lèvres. « On me dit qu’ils ont d’autres géants avec eux. »

Ce fut Val qui répondit. « Presque deux cents, Votre Grâce. Et plus de quatre-vingts mammouths. »

La reine frémit. « Affreuses créatures. » Jon ne sut pas si elle parlait des mammouths ou des géants. « Quoique de tels animaux puissent être utiles au seigneur mon époux dans ses batailles.

— Il se peut, Votre Grâce, reprit Jon, mais les mammouths sont trop gros pour franchir notre porte.

— Ne peut-on élargir la porte ?

— Ce… ce ne serait pas sage, je pense. »

Selyse renifla. « Si vous le dites. Vous êtes sans doute versé en ces questions. Où avez-vous l’intention d’établir ces sauvageons ? Assurément, La Mole n’est point assez vaste pour contenir… combien sont-ils ?

— Quatre mille, Votre Grâce. Ils nous aideront à installer des garnisons dans nos châteaux abandonnés, afin de mieux défendre le Mur.

— On m’a laissé entendre que ces châteaux étaient des ruines. Des lieux sinistres, tristes et froids, à peine plus que des amoncellements de décombres. À Fort-Levant, on nous a parlé de rats et d’araignées. »