Выбрать главу

Ser Kevan n’en fut pas ému. « Si tel est ton souhait, tu risques de le voir exaucé sous peu. Sa Sainteté Suprême est déterminée à te faire juger pour régicide, déicide, inceste et haute trahison.

— Déicide ? » Elle faillit en rire. « En quelle occasion ai-je tué un dieu ?

— Le Grand Septon parle ici-bas pour les Sept. Frappe-le, et tu frappes les dieux eux-mêmes. » Son oncle leva la main avant qu’elle pût protester. « Il ne sert à rien d’évoquer ces choses. Pas ici. Il sera bien temps d’en débattre au cours d’un procès. » Il parcourut la cellule des yeux. Son visage s’exprimait avec une éloquence extrême.

Quelqu’un nous écoute. Même ici, même maintenant, elle ne pouvait s’aventurer à s’exprimer librement. Elle reprit son souffle. « Qui me jugera ?

— La Foi, répondit son oncle, à moins que tu n’insistes pour avoir un jugement par combat. Auquel cas, tu devras désigner comme champion un chevalier de la Garde Royale. Quelle qu’en soit l’issue, ton règne est terminé. Je tiendrai le rôle de régent pour Tommen jusqu’à sa majorité. Mace Tyrell a été nommé Main du Roi. Le Grand Mestre Pycelle et ser Harys Swyft poursuivront comme de coutume, mais Paxter Redwyne est désormais lord Amiral et Randyll Tarly a accepté la charge de justicier. »

Des bannerets de Tyrell, tous les deux. Tout le gouvernement du royaume était remis entre les mains de ses ennemis. La parentèle de la reine Margaery. « Margaery est également accusée. Elle, et ses belles cousines. Comment se fait-il que les moineaux l’aient libérée, et pas moi ?

— Randyll Tarly a insisté. Il a été le premier à atteindre Port-Réal quand cette tourmente a éclaté, et il a apporté son armée avec lui. Les filles Tyrell passeront quand même en jugement, mais les charges contre elles sont faibles, Sa Sainteté Suprême le reconnaît. Tous les hommes cités comme amants de la reine ont nié l’accusation ou se sont rétractés, à l’exception de ton chanteur estropié, qui paraît à demi fou. Si bien que le Grand Septon a placé les filles sous la garde de Tarly et que lord Randyll a prêté un serment sacré de les livrer au jugement quand l’heure viendrait.

— Et ses accusateurs ? demanda la reine. Qui les détient ?

— Osney Potaunoir et le Barde Bleu sont ici, au-dessous du septuaire. Les jumeaux Redwyne ont été déclarés innocents, et Hamish le Harpiste est mort. Les autres se trouvent au cachot dans les profondeurs du Donjon Rouge, sous la responsabilité de ton séide, Qyburn. »

Qyburn, songea Cersei. C’était bien, au moins un fétu de paille auquel se raccrocher. Lord Qyburn était leur geôlier, et lord Qyburn était capable d’opérer des miracles. Et des horreurs. Il est aussi capable d’opérer des horreurs.

« Il y a plus, et pire. Est-ce que tu vas t’asseoir ?

— M’asseoir ? » Cersei secoua la tête. Que pouvait-il y avoir de pire ? On allait la juger pour haute trahison alors que la petite reine et ses cousines s’envolaient, libres comme l’oiseau. « Dites-moi. Qu’y a-t-il ?

— Myrcella. Nous avons reçu de graves nouvelles de Dorne.

— Tyrion », dit-elle aussitôt. Tyrion avait expédié sa petite fille à Dorne, et Cersei avait dépêché ser Balon Swann afin de la ramener à la maison. Tous les Dorniens étaient des serpents, et les Martell étaient les pires du lot. La Vipère Rouge avait même essayé de défendre le Lutin, et frôlé d’un cheveu la victoire qui aurait permis au nain d’échapper au blâme pour la mort de Joffrey. « C’est lui. Il était à Dorne tout ce temps, et voilà qu’il s’est emparé de ma fille. »

Ser Kevan grimaça à ces mots. « Myrcella a été attaquée par un chevalier dornien du nom de Gerrold Dayne. Elle est vivante, mais blessée. Il lui a lacéré le visage, elle… Je suis désolé… elle a perdu une oreille.

— Une oreille. » Cersei le fixa, atterrée. Ce n’était qu’une enfant, ma précieuse princesse. Et elle était si jolie. « Il lui a tranché l’oreille. Et le prince Doran et ses chevaliers dorniens, où étaient-ils ? Ils n’ont pas su défendre une petite fille ? Où était Arys du Rouvre ?

— Tué en la défendant. Dayne l’a occis, dit-on. »

L’Épée du Matin avait été un Dayne, se souvenait la reine, mais il était mort depuis longtemps. Qui était ce ser Gerrold, et pourquoi voudrait-il du mal à sa fille ? Elle ne voyait aucun sens à tout cela sinon que… « Tyrion a perdu la moitié de son nez dans la bataille de la Néra. Lacérer le visage de Myrcella, lui couper une oreille… Je vois les petites mains crasseuses du Lutin dans toute cette affaire.

— Le prince Doran n’a rien dit de ton frère. Et Balon Swann écrit que Myrcella attribue tout cela à Gerrold Dayne. Sombre Astre, comme on l’appelle. »

Elle eut un rire amer. « Qu’on l’appelle comme on veut, il tire les marrons du feu pour mon frère. Tyrion a des amis parmi les Dorniens. Le Lutin a manigancé cela depuis le début. C’est Tyrion qui a promis Myrcella au prince Trystan. À présent, je comprends pourquoi.

— Tu vois Tyrion dans chaque ombre.

— C’est une créature des ombres. Il a tué Joffrey. Il a tué Père. Croyez-vous qu’il va s’arrêter là ? Je craignais que le Lutin fût toujours à Port-Réal, en train de comploter quelque malveillance contre Tommen, mais en fait il a dû gagner Dorne pour tuer d’abord Myrcella. » Cersei arpentait sa cellule. « J’ai besoin d’être auprès de Tommen. Ces chevaliers de la Garde Royale sont aussi inutiles que des tétons sur une cuirasse. » Elle se retourna vers son oncle. « Ser Arys a été tué, disiez-vous ?

— Aux mains de ce Sombre Astre, oui.

— Mort. Il est bien mort, vous en êtes certain ?

— C’est ce qu’on nous a rapporté.

— Alors il y a une place libre dans la Garde Royale. On doit immédiatement la combler. Il faut protéger Tommen.

— Lord Tarly dresse une liste de chevaliers dignes de considération, à soumettre à votre frère, mais, jusqu’à ce que Jaime réapparaisse…

— Le roi peut décerner le manteau blanc à quelqu’un. Tommen est un bon garçon. Dites-lui qui nommer et il le nommera.

— Et qui voudrais-tu voir nommer ? »

Elle n’avait pas de réponse immédiate. Mon champion aura besoin de porter un nouveau nom, autant qu’un nouveau visage. « Qyburn saura. Reposez-vous sur lui sur ce compte. Nous avons eu nos différends, mon oncle, vous et moi. Mais, pour le sang que nous partageons et l’amour que vous portiez à mon père, pour le salut de Tommen et celui de sa pauvre sœur mutilée, faites ce que je vous demande. Allez voir lord Qyburn de ma part, apportez-lui un manteau blanc, et dites-lui que l’heure est venue. »

Le garde de la reine

« Vous étiez l’homme de la reine, expliqua Reznak mo Reznak. Le roi désire avoir autour de lui ses propres hommes, quand il donne audience. »

Je demeure l’homme de la reine. Aujourd’hui, demain, à jamais, jusqu’à mon dernier souffle ou le sien. Barristan Selmy refusait de croire à la mort de Daenerys Targaryen.

Peut-être était-ce pour cette raison qu’on l’écartait. Un par un, Hizdahr nous éloigne tous. Belwas le Fort vacillait à la porte de la mort dans le temple, aux bons soins des Grâces Bleues… bien que Selmy les soupçonnât à demi de parachever l’ouvrage entamé par ces sauterelles au miel. Skahaz Crâne-ras avait été démis de sa charge. Les Immaculés s’étaient retirés dans leur casernement. Jhogo, Daario Naharis, l’amiral Groleo et Héro des Immaculés demeuraient les otages des Yunkaïis. Aggo, Rakharo, et le reste du khalasar de la reine avaient été expédiés sur l’autre rive du fleuve, à la recherche de leur reine perdue. Même Missandei avait été remplacée : le roi n’estimait pas convenable d’employer comme héraut une enfant, une ancienne esclave naathie, par-dessus le marché. Et à présent, moi.