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Je m’attaquai donc à la construction du Robot-à-tout-faire à partir d’un fauteuil roulant à haute tension. Il ressemblait à un porte-manteau enlaçant une pieuvre, mais, Dieu ! Qu’il faisait bien briller l’argenterie !

* * *

Miles vint le premier regarder le Robot-à-tout-faire. Il le vit préparer des dry et les servir, vider les cendriers pleins et les essuyer (sans toucher à ceux qui étaient vides), ouvrir une fenêtre et tirer le loquet de sûreté, se diriger vers ma bibliothèque pour épousseter les livres et les ranger. Ayant goûté son dry, Miles fit observer qu’il contenait trop de vermouth.

— C’est comme ça que je l’aime, mais tu peux lui dire de préparer le tien à ton goût tout en lui laissant faire le mien comme je le préfère. Il a toute une série de tubes disponibles.

Miles contempla son verre.

— Dans combien de temps sera-t-il prêt pour la vente ?

— Heu ! J’aimerais bricoler là-dessus encore une dizaine d’années. (Avant qu’il eût le temps de grogner, j’ajoutai :) Pourtant, nous devrions être en mesure d’en produire un modèle d’ici à cinq ans.

— Ridicule ! Nous allons organiser un atelier supplémentaire et nous aurons un modèle standard dans six mois.

— Va au diable, avec ta précipitation ! C’est là l’invention de ma vie. Je ne la mettrai pas sur le marché avant qu’elle soit une œuvre d’art ! Un tiers de sa dimension actuelle, tous ses éléments interchangeables sauf les Thorsen, et si parfaitement souple que non seulement mon robot fera sortir le chat et lavera le bébé, mais jouera au ping-pong si l’acheteur veut s’offrir un partenaire.

J’observai le Robot-à-tout-faire. Il époussetait mon bureau et remettait chaque objet à la place exacte où il l’avait pris.

— Jouer au ping-pong avec lui ne serait pas amusant, ajoutai-je. Il serait imbattable. Mais je suppose qu’on pourrait lui apprendre à perdre s’il avait un circuit de hasard… Heu… Oui ! C’est faisable ! On le fera. Ce sera amusant, pour les démonstrations de vente.

— Un an, Dan. Je te donne un an, pas un jour de plus. Je vais débaucher quelqu’un de chez Loewy, il t’aidera pour l’esthétique.

— Quand te mettras-tu dans la tête que c’est moi, moi seul, qui suis responsable des fabrications ? Le jour où je te le remettrai, il sera à toi, mais d’ici là, il est à moi, exclusivement !

— Trop de vermouth, vraiment, se contenta de murmurer Miles.

* * *

Avec l’aide des mécaniciens de l’usine, le Robot-à-tout-faire perdit petit à petit son apparence patibulaire, et commença à ressembler à quelque chose qu’on a envie de montrer à son voisin. J’améliorai son système de contrôle. Je lui appris même à caresser Pete et à le grattouiller sous le menton d’une façon qui lui plût, et je vous prie de croire que cela implique une simultanéité de contrôles aussi sensibles que ceux exigés dans les laboratoires atomiques.

Miles vint de temps à autre assister aux progrès, mais sans me houspiller. L’essentiel de mon travail, je le faisais la nuit, revenant au laboratoire après avoir dîné avec Belle et l’avoir ramenée chez elle. Je dormais dans la journée, j’arrivais au bureau en fin d’après-midi, signais tous les papiers que Belle était susceptible de me présenter ; après une inspection du travail en cours, je sortais dîner avec elle. Je n’essayais pas de travailler avant de me retrouver seul dans mon atelier, car un travail réellement absorbant rend un homme inapprochable. Au bout de quelques heures de dur labeur, dans mon laboratoire, il n’y avait plus que Pete qui pût me supporter.

Un soir que nous terminions de dîner, Belle me dit :

— Tu retournes au laboratoire, mon chéri ?

— Oui. Pourquoi ?

— Parce que Miles y sera. Il veut nous voir.

— Ah ? Pourquoi ?

— Il veut que nous ayons une réunion d’actionnaires.

— Une réunion d’actionnaires ? Pour quoi faire ?

— Ce ne sera pas long. Tu ne t’es pas beaucoup intéressé au côté commercial de l’affaire ces temps derniers, chéri. Miles désire mettre certaines choses en ordre et préciser certains aspects de notre future politique.

— Je m’occupe du laboratoire et des ateliers. N’est-ce pas là ce que je dois faire ?

— Bien sûr, mon chéri. Miles dit que ce ne sera pas long.

— Que se passe-t-il ? Nous avons des ennuis ?

— Pas du tout, chéri. Miles ne m’a rien dit. Finis ton café.

Miles nous attendait au bureau. Il me serra la main comme si nous ne nous étions pas vus depuis des mois.

Un peu agacé par cette mise en scène, je lui dis :

— Alors, de quoi s’agit-il ?

Il se tourna vers Belle.

— Voulez-vous lire l’ordre du jour, s’il vous plaît ?

Cela seul aurait dû me faire comprendre que Belle mentait en prétendant que Miles ne lui avait rien dit. Je n’y ai pas pensé ; j’avais confiance en Belle… Puis, comme elle se dirigeait vers le coffre, cela me rappela un incident que j’avais oublié.

— A propos, chérie, j’ai essayé d’ouvrir le coffre, hier soir, et je n’y suis pas parvenu. A-t-on changé la combinaison ?

Elle en sortait des papiers et ne se retourna pas.

— Oh ! J’ai oublié de te le dire ? Je l’ai changée à la demande du service de surveillance, à la suite du cambriolage raté de l’autre semaine.

— Dans ce cas, sois assez gentille de me donner le nouveau chiffre, sans quoi, une nuit, je serai obligé de te réveiller pour te le demander.

— Tu l’auras. (Elle referma le coffre :) Allons-y, ajouta-t-elle d’une voix officielle.

— Entendu, chérie. Puisque cela a l’air de devoir se faire dans les règles… Hem ! Mercredi 18 novembre 1970, 21 h 20. Les actionnaires présents – inscris nos noms… Dan Davis président du conseil d’administration, rien à déclarer ? (Je n’avais rien à dire.) Vas-y, Miles. La parole est à toi.

Miles toussa.

— Je désire revoir la politique de notre firme et présenter un programme pour l’avenir. Je désire également que le conseil d’administration donne son accord sur une proposition de commandite qui nous a été faite.

— Commandite ? Ne dis pas de bêtises ! Notre affaire marche bien, nous faisons chaque mois des progrès ! Qu’est-ce qui te prend. Miles ? Tu n’es pas satisfait de tes appointements ? Nous pourrions faire un effort.

— Pour le nouveau programme, nous avons besoin d’un plus gros capital.

— Quel nouveau programme ?

— Je t’en prie, Dan. J’ai pris la peine de faire un rapport. Laisse Belle en donner lecture.

— Bon. J’écoute.

En bref, Miles voulait trois choses :

Primo : m’enlever mon Robot-à-tout-faire, le remettre aux mains d’une équipe de techniciens producteurs afin de le lancer au plus tôt sur le marché.

Secundo : …

J’interrompis la lecture d’un « Non ! » tonitruant.

— Un instant, Dan ! déclara Miles. En tant que directeur commercial, j’ai le droit d’exiger que ma proposition soit présentée correctement. Tes commentaires viendront ensuite. Permets que Belle termine sa lecture.

— Bon. Je veux bien. Mais ma réponse est non.

Le point secundo traitait du fait que nous devions cesser de bricoler en artisans. Nous possédions un vaste projet, aussi vaste que l’avait été l’automobile à ses débuts, et nous n’étions qu’au commencement de l’affaire. Nous devions nous agrandir sans tarder et organiser la vente et la distribution dans tout le pays, dans le monde entier.